Notes pour plus tard :
J’ai fait miennes ces affres qui m’empêchaient de fonctionner et les voici moteur de mes journées.
Debout d’un seul coup, d’un seul, de panique de rester couché, comme un Samsa sur le dos. Sous l’eau froide de la matinale afin de prévenir une combustion spontanée. Céréales craquant entre les molaires pour ne pas tomber d’inanition, être ambulancé dans un sordide hôpital de campagne où l’on me retirera, par erreur, mes reins.
Transports en commun, difficile étape, mais les frôlements, les haleines et le bruit terrible sont la cure à ma terreur latente de devenir transparent.
On me trouve, au bureau, depuis mon retour, jovial. Les médocs, susurre-t-on, en douce. Mais c’est un effort musculaire, à la vérité, une tension permanente pour lutter contre le temps qui flasque, et qui m’oblige à courir, parfois, aux lavabos, pris de crampe faciale. L’effroi de l’autre fait de moi un travailleur concentré et efficace, la crainte de l’ostracisme, un supportable convive de cafétéria.
Le jour fini, en sens inverse, je me dépouille des peaux que j’ai portées douze heures durant.
L’horreur du monde me fait trouver le studio sombre, confortable. La hantise du désordre le tient bien agencé et toujours immaculé par sainte phobie des bébêtes.
La peur de m’endormir me plonge dans un roman, celle de devenir aveugle me pousse finalement au sommeil.
Montage “Brain Project” (s’éloigner de l’écran!) par Ricardo Paci.
Les bûches dans l’âtre
Sifflent en gazouillis,
La soupe au chaudron
Pendue sur le feu,
Épaisse et beigeâtre,
Trop longtemps bouillie,
Fleure le goudron
Dans l’air suiffeux.
.
La vile acariâtre,
Dans le margouillis,
ajoute un tendron
Sanglant, moelleux,
Et quatre ranatres,
Puis un bafouillis
Sort du laideron
en mots mystérieux.
.
Et coup de théâtre,
Explosion, fouillis,
En lieu du chaudron :
Un prince amoureux !
.
A crâne ras - fi ! - point de peigne
j’ai fait le deuil de mes bouclettes
elles gisent par les carreaux
molles et privées de leur ressort
on dirait un rat angora
roulé en boule de douleur.
J’ai lors faciès de prisonnier
qu’on a libéré par erreur
et quand j’évolue dans la rue;
on me glisse le pain et la pièce
les enfants figent de stupeur
et tirent sur la manche mère.
Pour moi la raison s’escapade
et je cherche un conjurateur
car un inconnu déplumé
hante le fond de mes miroirs
il fait chaque pas que je fais
serai-je fou ? - ou bien c’est lui.
Y’a comme un flottement, évident et palpable
Quand on s’assoit parfois tous les deux à la table
La gêne contenue forme un brouillard épais
Qui nous cache à nous-mêmes tout ce que l’on était
Y’a des petits souv’nirs, de petites trahisons
Qui font autour de nous un bruit de papillon
Y’a le poids du passé qu’en finit pas d’être lourd
Y’a ce silence qui a rayé les mots d’amour
Tout nos gestes sont lents, inutiles, joués
Et chacun prend bien soin à ne rien déplacer
Surtout que rien n’avance, que prime l’immobile
Le statu quo est le dernier îlot tranquille
On se surveille comme le lait sur la flamme
On se sent vivre à deux secondes du drame
Et puisque le bonheur a deserté les lieux
Le malheur, lui, on l’entretient à petit feu
On est sur un chemin tout bordé de barrières
Des falaises au devant, des falaises derrière
C’est comme un labyrinthe sans entrée ni sortie
Même faute, même peine : condamnation à vie
Comme on souhaiterait, parfois ce miroir hypocrite; oui vos cheveux repoussent, les cernes s’estompent : ils sont d’un doux violacé à présent, la peau partout se retend, le teint rayonne. On aimerait un instant être pris pour une pomme, et croire au boniment. Cette couleur est à ravir, les yeux pétillent, les dents d’ivoire d’éléphant, la taille à nouveau se dessine. La jouvence par le flux de parole, une douche de comparaisons et de symboles. A la clef, retrouvée et intacte, la genèse, la naissance, la jeunesse des sens et enfin, l’innocence.
Scandale à travers les stalles
Le curé de Bois-Bougie
A pour ranger son logis
Engagé une vestale
Jolie comme un jour sans pluie
Elle sautille en sandales
Et ses yeux sont vert d’opale
Et sa peau pâle luit
Le Canon pourtant stipule
Que l’emploi est réservé
A une mule achevée
Affichant à la pendule
Quarante années bien tintées
A tête de tarentule
Si possible à pustules
Et la dentition gâtée
Mais le curé qui rigole
A justifié au prélat
Sa présence ici-bas
Avec une parabole :
Qu’elle montre son épaule
Qu’elle laisse voir ses bas
Pour être sainte elle n’a
Pas besoin d’autre auréole
La plante nue sûre de sa course
A la cheville un bracelet
Tintement sourd bijou de bois
A la taille un pagne de peau
Poitrine brillante et cuivrée
L’oeil du chasseur les cheveux nuit
Silence dans la forêt dense :
A la main la longue sagaie.