Le journal de 5h12

Mardi 15 avril 2008

Vent debout

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12
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Je n’en peux plus, Pablo. Mes traits s’épuisent à suivre ta route. Un instant je crois t’entrevoir, au loin, sur ton vaisseau vapeur, sur ta fusée de faire. Tu travailles. Et comme lentement je me rapproche soudain tu accélères, de nouveau tu quittes la Terre. Géant, tu visites d’autres galaxies d’idées. Tu brises les vitrines du voir et de chaque éclat tu fais un projectile qui va se ficher dans la cible de la conformité.
Mais moi, Pablo, mon ami, comment trouver ta voie, sans le génie qui te hante, sans la folie impatiente de tout mettre à bas ? Je suis retenu par ces repères auxquels je crois, alourdi par mon savoir, je m’élance mais ne décolle guère.
Tu es un ouragan, Pablo, mais je suis trop pierre pour être emporté. De ma gravité, cependant, j’admire le tourbillon d’étoiles que tu soulèves au passage et qui éclairent comme flambeaux la route tracée de la liberté.

Photo Robert Doisneau, retouches Ange7

Samedi 15 décembre 2007

Esperanza

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

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Vendredi, c’est poisson encore aujourd’hui. Il faut dire que je suis plus habile au filet qu’à la sagaie. Sans compter que le perroquet a la chair rare et dure; pas très goûteux, le bariolé. Poisson donc, résignons-nous. Bien grillé avec ces herbes fines que tu as conseillées, c’est un régal quotidien. Le lait fermenté de coco monte tôt à la tête : la sieste s’impose sous ce soleil de plomb. Le sommeil est le remède à la chaleur : on ferme les paupières au zénith pour les rouvrir à la fraîche. Les travaux abandonnés au matin peuvent reprendre dans la pénombre et se poursuivre, parfois, à la lune éclatante. Par ciel couvert, quand la nocturne boule boude, c’est au lit illico et dodo. Bonnes nuits où l’absence de fatigue convoque les rêves.

Illustration DR.

 

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure :   Attendre
A peine plus loin, se tient, bien droit, mais coi, un chien. Il guette..
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Samedi 1 décembre 2007

D’Ithaque au tac

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL, VIDEOS — ange7 @ 5:12

Quand tu reviendras, dis, quelle fête on fera ! Pas besoin de lancer des invitations, tous les nobles du royaume sont déjà là, qui campent au palais. Tu verras comme j’ai changé, je suis un jeune homme à présent. J’espère que tu m’auras ramené deux ou troie bricoles de tes voyages. Dix ans déjà, c’est que c’est dur de naviguer par vent contraire. Maman d’ici-là aura peut-être fini de te tricoter ton pyjama. Des mois qu’elle s’y est mise et le travail n’avance pas.

Ton fils,

Avec en bonus :

 

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : Rime et Châtiment
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Vendredi 10 août 2007

Tepes Mode

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

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Mon très cher Vlad,
Je t’écris pour saluer le beau travail d’assainissement que tu as fait dans ta province : partout dans le pays on ne parle que de toi. On dit que tu as pris tous les voleurs, tous les tueurs, tous les violeurs et que tu en as fait un bouquet de pals autour de ton château. Sûr que la puanteur du charnier doit un peu te gêner aux heures des repas mais le message est clair pour tous les maraudeurs à la ronde.
Cependant, si tu le permets, je voudrais te prévenir contre ces excès qui, en tous domaines, sont mauvais chemins. Gare au goût du sang, à la colère sans cesse, sans fond. On a tôt fait de condamner n’importe qui quand on est juge tout puissant. Et la mort, trop souvent, appelle plus de mort.
Voilà Vlad, ce sur quoi je voulais alarmer ton attention; certains récits déformés me parviennent si odieux et cruels que j’ai peur que l’on fasse de toi, à la fin, un monstre assoiffé de sang que les mères évoqueront pour que les enfants se tiennent sages.

Prends soin de toi, au plaisir de te revoir,

Ton cousin.

Illustration, Ange7.

Vendredi 15 juin 2007

Souviens-toi, prodigue !

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

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Harpagon, mon ami,
J’entends à peine le pied posé en ville mille quolibets qui courrent sur toi. On te dit ladre et mesquin, avaricieux à faire pâlir un cardinal. J’ai du mal à croire ces fredaines… Parle-t-on du même Harpagon ? Mon Harpagon ? Celui qui passa sa jeunesse de port en port, buvant et jouant non seulement sa solde mais la mienne tout de go ? Celui avec qui, par quelques tours peu honnêtes, j’en conviens, je me suis souvent enrichi ? Celui qui donnait aux enfants, dans la rue, alors qu’ils étaient parfois mieux vêtus que lui ? Veut-on dire celui que j’ai vu un jour, d’un geste auguste, jeter une pleine bourse à des affamés de Lisbonne ? Et comme je m’étonnais de ce geste généreux mais démesuré, qui me répondit “l’or est de l’eau entre mes mains, j’aurais bien de peine et de malheurs à le vouloir retenir” ? Est-ce bien le même homme qui a troqué sa philosophie altruiste, son goût de la vie et de ses bonheurs éphémères pour une pingrerie risible et la perspective de reposer, froid et raide, dans un sarcophage précieux ?
Je ne peux me résoudre à croire tout ce que l’on me dit encore. Réponds-moi, cher ami, au nom de nos aventures, dis-moi qu’il reste au fond de ton coeur la petite flamme d’autrefois et je paraîtrais sur le champs, te sortirais de la torpeur où te trouve et nous donnerons une fête grandiose qui fournira aux bouches de la ville une bonne raison de parler de toi.

Agilulfe

 

Illustration Ange7.

Jeudi 7 juin 2007

Anouilh au beurre

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

Antigone, Antigone ! Le choeur a fini son speech. Il n’a pas changé une ligne. Le même qu’hier soir et le même que dimanche, en matinée. Il dit encore que tu vas mourir. Pourtant, je te promets, je lui ai dit deux mots, tout à l’heure, dans la loge. Je l’ai tiré par la perruque, je lui ai arraché ses faux-cils, je lui ai fait bouffer de la poudre de riz. Je ne suis pas bien épais, je ne suis qu’un petit page, mais quand je m’énerve, je m’énerve. Je lui avait fait jurer. Pas ce soir, pas la tragédie… Tant pis pour lui, et tant pis pour la pièce; viens, Antigone, partons. Tu ne mourras pas ce soir, ni Eurydice, ni Hémon. Ce soir, Ismène dira des poèmes. Ils se débrouilleront bien sans nous. Viens, Antigone, je t’emmène. Je ne veux plus que tu meures.

Illustration Ange7.

Mercredi 28 mars 2007

Citizen Jane

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

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Jeanne, ma fille, ma toute petite enfant,
Je dicte cette lettre à monsieur le Curé de Bermont car tu le sais, je ne peux pas écrire. Il est bien gentil avec moi, comme toujours, et je l’en remercie. Jeannette, ma Jeanneton, quand cesseras-tu tes folies ? J’entends parler de toi par mille voix et ces récits m’effraient. Toi, si frêle et si douce, que vas-tu faire au milieu de tous ces hommes ? On dit qu’ils te respectent, qu’aucun n’oserait seulement te toucher en pensée, est-ce bien vrai, dis ? J’ai eu vingt ans, en mon temps, je sais les bêtises que l’on commet. Ne t’abandonne jamais à aucun d’eux, garde-toi du mal. Prends soin de toi, ma biquette, au besoin repose-toi sur tes frères qui sont avec toi. Je suis si inquiète.
On me loue ici de t’avoir mise au monde, mais je crois que j’aimerais mieux être bien ignorée et te savoir aux pâturages avec les bêtes. Reviendras-tu seulement un jour ?
Ta mère qui t’aime.

Photo DR, retouche Ange7.

Vendredi 2 février 2007

Drame familial

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

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Ariane, ma soeur, ça ne va pas du tout. J’ai fait, semble-t-il, une grosse bêtise, encore une fois. Sans doute m’en veux-tu encore beaucoup d’avoir volé ton homme et de m’être enfuie avec lui. Je sais que cela t’a beaucoup chagrinée et je comprendrais que tu me détestes sincèrement. Mais voilà que j’ai fait pire. Lui absent depuis si longtemps, on le croyait mort pour tout dire, je me suis peu à peu consolée à la vue de son fils, né d’un premier mariage avec une espèce de furie de je ne sais plus quel continent. C’est que le petit avait l’allure du père. Et quelle allure, tu t’en souviens ! L’enfant est devenu un adolescent et l’adolescent un homme, et moi, pauvre solitaire, à demi-folle de mon attente, je suis finalement bel et bien tombée amoureuse de lui. Mon coeur lourd de ce secret s’est tu longtemps et quand enfin, soir de faiblesse, il a murmuré l’horrible vérité, le fils s’est éloigné de moi les yeux pleins de dégoût. Mais le drame, Ariane, ne s’arrête pas là. On annonce à l’instant que mon mari est vivant, qu’il est en route, qu’il arrive!
Je ne sais trop comment tout cela va finir, mais mal, très mal, je le crains.
Répond-moi si tu en as le temps. Je désespère.
Ta soeur qui t’aime.

PS : je ne connais pas ton adresse exacte aussi j’expédie ce pli au bord où tu fus, jadis, par lui laissée..

Photo DR, retouche Ange7.

Mercredi 31 janvier 2007

Mauvais temps

Classé dans : CORRESPONDANCE, JOURNAL — ange7 @ 5:12

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Théo, cher frère, la pluie me met au chomâge. Elle tourbillonne dehors comme sorcières en sabbat et siffle et claque.
Tous les chats sont blottis près des poëles, et la minette grise, Cendrillon, est même couchée dans l’âtre, sur les briques brûlantes, comme à son habitude.
Le café est calme et presque désert. On s’y abrite quelques minutes puis, quand le blanc limé a injecté au corps un peu de courage, on ressort affronter les éléments.
Pour moi c’est relâche et je joue avec un brin de paille qui dépasse de ma chaise.
Je ne bois pas, je ne pense pratiquement à rien, j’attends le soleil de mars.
Tendrement,
V.

Illustration,”Pont sous la pluie“, Vincent Van Gogh.

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