
Notes pour plus tard :
C’est au café, s’il faut l’avouer, que se passa, été, hiver, de nos jeunesses le plus clair. Il fallait économiser pour posséder, le mercredi, l’argent requis pour nos mokas mais aussi la pièce pourboire qu’il fallait toujours qu’on laissât. Car le garçon nous tolérait, toutes bavardantes et fumantes, à demeurer l’après-midi, assises autour de tasses vides, et son accord avait ce prix.
Nos discussions portaient souvent sur des sujets très différents qui s’emmêlaient allègrement. Littérature et permanence, révolution et art déco, photographie, exil et chance. Cette pelote de sujets où fusaient avis et idées, semblait rouler autour de nous et nous ficelait à nos chaises.
Le jour passait sans qu’on le vît, et c’est l’éclairage public, qui sonnait pour nous la retraite : quand la rue entre chien et loup soudain se prenait pour Versailles. Chacune se levait alors, car à ce signal convenu, les mots retournaient en nos têtes; en pleine phrases interrompues, nous nous tenions pourtant muettes. Quittant le café et marchant, déjà, nous tournions les débats qui dans sept jours nous ébattraient. Au carrefour de nos chemins, d’un simple signe de la main, nous nous donnions rendez-vous. Même heure, mercredi prochain.
Photo Ange7, Séoul 2008.
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