
Note pour plus tard :
J’ai fait un petit bout de chemin avec des potes pèlerins qui s’en allaient à Compostelle. A pied. Ils se nourrissaient de compotes, portaient des hardes de flanelle et frissonnaient fort dans leurs bottes parce qu’en février ça pelle. Même en Espagne.
Moi, comme je suis un peu frileux, que j’aime la viande et le bon vin, que j’aime pas marcher quand il pleut, bref comme je suis pas pèlerin, j’ai pris le car.
Je les voyais à chaque étape. Le rythme de leur marche sacrée, qui se ralentissait, me donnait juste le temps d’explorer la ville, monuments et bas quartiers, d’y rencontrer un brin de fille et d’exprimer ma très grande piété pour cette fabuleuse création. Chapeau, patron.
Parfois les potes pèlerins passaient me voir à mon hôtel pour discuter théologie et quémander un bout de pain. En bon chrétien j’argumentais, mais je les laissais sur leur faim : pas question de les doper et de rendre leurs efforts vains. On ne plaisante pas avec le divin.
De cité en cité, nous avons voyagé ainsi, de concert désaccordé. Puis, j’ai dû prendre un mauvais virage: je me suis détourné de La Route. J’ai encore fêté quelques temps, tant qu’il me restait quelque argent, puis je suis rentré au pays.
C’est bien plus tard qu’on a appris que les pèlerins, presque arrivés, avaient été aplatis. Ils marchaient dans la nuit sans lune car ils avaient pris du retard et voulaient arriver pour Pâques. Mal leur en prit : un bus pressé les a expédiés ad patres.