
Note pour plus tard :
Comme elle était désaffectée, noire de suie d’un incendie, et dangereuse, à coup sûr, par sa toiture mi-effondrée, on entrait pas dans la maison que l’on surnommait la prison. Mais on aimait bien, tout de même, passer devant pour se tenter. On se croyait à l’intérieur, aux fers, au pain noir et à l’eau, clamant d’abord notre innocence et le fourbe complot, la lettre de cachet, qui tenait enfermé notre honneur immaculé. Bientôt sans voix, on raclait encore, piteusement, notre écuelle sur les briques, bien conscient que les gens libres n’écoutent pas les appels des ostracisés. Retenus, nous désespérions de savoir notre chère, privée de protection, menacée par le félon. Nous fomentions alors l’évasion salvatrice. Nous étant procuré une allumette, une seule, dans un moment de recueillement solennel, au plein coeur de la nuit, nous la griffions au sol irrégulier et sale. La flamme qui surgit rallumait notre espoir. Avec précaution, nous la confiions à la paillasse. Sa mauvaise toile, huilée de crasse, et son foin desséché s’embrasaient instantanément. Les flammes assaillait les murs qui restaient imperturbables, mais le plafond de bois, à son tour succombait. Nous patientions, rivés au sol, notre chemise humide sur la bouche…Quand le métal des fenêtres fut rouge, nous nous relevions d’un bond et le faisions voler d’un coup de pied absolu. Enfin, d’un bond hors du commun, nous nous arrachions à ce torride enfer. Nous blessant dans notre chute, nous claudiquions alors, aussi vite que possible, loin de la bâtisse rougie, tandis que dans notre dos, dans une agitation propice à notre disparition, résonnaient les échos des secours qui s’organisaient.
Photo Ange7, Séoul 2009.
* ° * // Et juste pour la découverte, un article au hasard au milieu du bazar ! \\ * ° *


