Le sergent

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Un sifflement aigu, strident et monotone emplissait en permanence les oreilles du sergent. Une balle qui était passée un peu trop près, aimait-il à raconter. Sous ses tempes devenues grises, le bourdonnement ne cessait jamais. Il était là au réveil, dès le clairon, avec lui quand il prenait la bouillie de cinq heures, il ne le quittait ni durant les exercices, ni durant le repos, ni face à ses

supérieurs, ni quand il braillait sur les simples soldats, il était là encore quand il descendait à la cantine avaler frugalement sa ration du soir, il était là enfin quand il fermait les yeux à l’etroit dans son lit de camp, il était même là, quand il se réveillait au milieu de la nuit, au hasard d’un mauvais rêve. Le sergent vivait avec son sifflement, fidèle comme un chien.
Bien sûr, ça le rendait dur d’oreille, ce qui est une qualité pour un instructeur : non seulement il gueulait deux fois plus fort, mais il n’entendait pas les gémissements et les plaintes. Tout le monde autour de lui était au courant pour ses oreilles et leur incessant sifflet. On l’appelait comme ça d’ailleurs, « le sifflet », en ajoutant qu’il n’avait rien dedans.

 

Montage Nono, photos DR.

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