A la soupe

soupe.jpg

Notes pour plus tard : Dans la cuisine commune, je jouais avec les gouttes de gras qui flottaient dans ma soupe claire. La cuillère les attirait dans sa dépression puis les reversait, façon Tsunami, en un tour du poignet. C’est alors que je les entendis arriver. Ils étaient ivres, bien sûr et braillaient dans l’entrée de l’hôtel. Hôtel Zadig, rue Voltaire. Vu l’épaisseur ou plutôt la transparence de notre budget, aussi bien à eux qu’à moi, il n’y avait rien d’étonnant à ce que, une fois à Paris, nous nous retrouvâmes dans le même établissement pourri. Moins cher, c’était les quais de la Seine. Tandis qu’ils montaient les escaliers, j’engloutis quelques dernières lampées sachant que mon assiette ne resterait pas longtemps sur la table. Ils parurent étonnés de me voir là, surtout lui. Après la trempe qu’ils m’avaient mise cet après-midi, ils me croyaient sans doute reparti. Quand il s’approcha en grommelant, je lui jetai la soupe au visage pour le brûler. Mais au lieu de la ligne droite et efficace qu’imaginait mon esprit, le liquide exécuta un arc de cercle ridicule qui tâcha à peine son manteau et vint surtout innonder ses chaussures. J’avais gardé l’assiette de mauvaise porcelaine entre le pouce et l’index, il la frappa du plat de la main et la fit voler contre le mur derrière lui.

Illustration Ange7.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :