Pour qui sont ces serpents ?

larger snake

Notes pour plus tard :


La maison donnait, sur l’arrière, dans un terrain si sablé qu’il semblait un petit désert. Comme j’y pénétrais pour la première fois, j’en inspirai l’originale saveur, j’en scrutai le panorama photogénique, et j’en fixai le souvenir comme si je ne devais jamais plus y revenir. J’avais à faire : je ne pus flâner très longtemps et je ne m’étais guère éloigné.
Pourtant, en rebrousssant chemin je surpris avec horreur deux anacondas blancs, massifs, terribles, qui étaient lovés juste à droite de la porte que je devais franchir pour entrer, de nouveau, dans la demeure. Pétrifié, à quelques bons dix mètres, je les observai avec attention. Je détaillai en frissonnant leurs pâles écailles, les motifs sombres, en losanges, qui ornaient leur interminable morphologie. Une tête sourtout captivait mon attention et glaçait mon sang. Triangulaire et mauvaise, elle était minuscule par rapport au reste du corps, bien que mesurant plus que mes deux mains jointes. Enfin, j’avisai un bâton et devisai un plan d’action : entrer en courant, parant de mon arme. Il me fallut encore plusieurs minutes pour rassembler le courage nécessaire à l’entreprise.
Puis, comme un squelette au bout d’une ficelle, je m’élançai maladroitement vers la porte, le sanctuaire. Mes jambes gondolaient et on eut dit que j’avais oublié comment galoper. Comme je gagnais presque mon but, le reptile le plus proche de la porte commença à s’agiter, sans doute dérangé par les secousses de ma course de pachyderme. Ne pouvant me résoudre à ralentir, ou à stopper mon élan, je poursuivis, les palpitations cardiaques au bord de la rupture, terrorisé.
Et, tandis que j’allais, enfin, franchir le seuil, je sentis, dans un ralenti surréel, ma chute catastrophique. Le bâton que je tenais comme une lance de tournoi s’était fiché dans un arbre, juste à l’entrée de la maison; le choc m’avait déséquilibré et je m’étais retourné comme un pantin sur ressort, effectuant un demi-tour complet, incapable de me redresser, de me raccrocher à quoi que ce soit, et m’écrasant finalement, face contre terre, dos à la maison.
Ne ressentant sur l’instant aucune douleur tout mon esprit était tendu vers la pensée que la niche des deux serpents se trouvait à présent à ma gauche, légèrement derrière moi, suivant un angle qui m’était parfaitement invisible. Une sueur froide se déclencha instantanément sur tout mon corps. La peur me tenait cloué au sol, incapable du moindre mouvement, tétanisé.
Quelques secondes de torture s’écoulèrent ainsi avant que je ne puisse retrouver l’usage de mes muscles. Je bondis alors sur mes pieds, ramassant en un éclair le bâton et me retournant vers les serpents. Le mur ensoleillé était vide. Je restai immobile, interdit.
Mon ramdam avait-il dérangé leur sieste et s’en étaient-ils allés ailleurs la terminer ? Ou bien, et cette idée me cingla quand  je lâchai le bout de bois et pénétrai dans la maison, n’y avait-il jamais eu de serpents ?

( Illustration originale : St-Exupéry, bien sûr. )


-*- Votre SalmigondiS tourne en rond ? Tentez donc article au hasard du journal de 5h12 -*-

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