Un peu perdu

un peu perdu

Notes pour plus tard :
Comme le temps était clément, on s’enfonça sans se soucier, sans s’imaginer un instant qu’ainsi on pourrait bien se perdre. Entre les branches, le sentier sinuait et se divisait, et nous suivions, comme à l’instinct, un tracé qui semblait facile. Or la discussion s’animant, nous ne prêtions guère attention et presque imperceptiblement, nous accelérions le pas.
Bientôt, pourtant, les mots se turent et le constat fut immédiat. Trop éloignés de nos arrières, nous nous tenions, un peu surpris, en terrain de nous inconnu, et puisqu’il faut parler bien franc, égarés comme des enfants.
Alors, bien sûr, nous rebroussâmes, nous cherchâmes à nous reperer, mais frileux de nous séparer, nos tentatives échouèrent.
Le soir tombait, lent et glacial : que diable nous fallait-il faire ? Prendre un abri, passer la nuit ? Ou bien randonner, au contraire ? L’avis fut pris qu’en repartant, fut-ce en direction hasardée, nous parviendrions quelque part et que l’activité physique aurait de plus cet avantage de nous éviter de geler.
C’est un souvenir éprouvant que cette poursuite nocturne. Nous progressions à petits pas en raison de l’obscurité et cela doubla la distance. Malgré notre approche prudente combien de chutes, nous subîmes !
Enfin, plusieurs heures plus tard, nos pieds sentirent un sol dur : nous avions trouvé une route. Elle était calme, de campagne, sans éclairage et sans panneau et nous n’avions pas de lumière pour en déchiffrer les bornes. Peu importait, elle était là : rassurante et plus aisée à emprunter que les sous-bois. Nous la suivîmes plein d’espoir, raisonnant qu’en toute logique un village nous attendait au bout de ce nouveau chemin. Et nous rêvions naîvement, sans savoir que nous nous trompions, qu’il fut tout proche, ce village.
Revigorés d’être passés d’un toit de cimes au firmament, nous progressions un peu plus vite à la pauvre clarté d’un ciel tout voilé de nuages bleus. Le rythme de nos pas sonnait dans un silence sépulcral. Douloureux de nos écorchures, nous avancions sans mot dire, ne désirant plus rien au monde que d’arriver à notre but.
Nous marchâmes jusqu’au matin et c’est le rose de l’aurore qui nous accueillit au village, hagards, fourbus et affamés.
Devant un grand café brûlant et un exquis pain de la veille, nous racontâmes aux lève-tôt, qui en rire sans se gêner, notre idiote mésaventure. D’après notre point de départ, l’un calcula qu’à vol d’oiseau, nous avions parcouru au moins vingt-cinq, trente kilomètres.
Notre collation terminée, quelqu’un s’offrit de nous conduire retrouver notre véhicule. Nous acceptâmes avec chaleur, un peu honteux du ridicule, mais par dessus tout soulagés.
Au chaud devant la cheminée, le doigt posé sur une carte, il fut rageant, un peu plus tard, de constater l’égarement qui fut absolument le notre. Car estimant notre parcours force nous fut de constater que nous avions dix fois frôlé d’éviter un si long périple. Mais par un malheureux hasard -et une orientation piteuse- nous avions choisi sans faillir, à chacun de nos carrefours, le chemin qui nous éloignait. L’exemple le plus frappant étant quand, rejoignant la route, nous nous étions lancés à droite pour plus de quinze kilomètres alors qu’à gauche, et tout près, un autre village dormait.

Photo (et retouches) Ange7, Ramatuelle 2009 .


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