dans les cartons

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Prendre un carton sur un mauvais geste,
faire ses cartons sans demander son reste,
se mettre carton et se prendre des vestes,

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Taper le carton et remporter des mènes,

faire un carton être un phénomène,

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Vivre en carton-pâte et faire semblant d’y croire,

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Tenir tout son destin dans son carton à dessins

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D’autres essaient de survivre à la nuit glaciale
un carton ondulé pour toit sous les étoiles

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Photo Ange7, Ramatuelle 2010.

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/::-::/ Tentez la découverte d’un billet au hasard ! /::-::/

Hommage de marque

Très nobles visiteurs,

Voilà plus d’une semaine que vous avez quitté notre petit village et, bien que votre séjour fut fort bref, vous manquez déjà à tous et l’on ne parle que de vous. C’est que votre équipage, de lointaine provenance, a fait une indélébile impression en apparaîssant à l’orée de notre humble cité. Plus tard, la dévotion surprenante et surtout l’extrême générosité dont vous avez fait montre envers un de nos artisans dont l’épouse venait d’enfanter, n’a pas été sans soulever admiration autant que curiosité. L’exotisme de vos mines et de vos langages comme la fabuleuse rareté de vos présents assureront de vous inscrire à jamais dans l’histoire locale, j’en suis certain. D’autant plus, il faut bien l’avouer, que depuis que vous êtes partis, des histoires extraordinaires circulent à votre sujet. Certains racontent ainsi que c’est en suivant une étoile que vous avez trouvé notre village, d’autres avancent que vous n’étiez pas en villégiature, mais en mission mystique. À n’en pas douter la légende qui se forme autour de vos gracieuses et mystérieuses personnalités alimentera longtemps les esprits. Mais je me perds en commentaires et en oublie presque l’essentiel : cette missive est pour vous signaler que l’un de vous, en repartant, a oublié des effets : linge de nuit, babouches et couverture d’astrakan. Je les joins à cette lettre, confiée à notre plus rapide coursier, en espérant qu’il parvienne à rattraper votre caravane.

Au plaisir de vous accueil de nouveau, à l’occasion,
Très respectueusement,

Votre dévoué, le Maire de Bethléem.

Photo Ange7, Nice 2010.

=°= sur un clic, clac : un article détritique au hasard =°=

Un autre rendez-vous

a full moon

On s’y trouve à la nuit, en un piquant secret, le corps couvert de bure, tête encapuchonnée. Une mince trouée de la dense forêt abrite le conseil sous la lune complète. Le silence intégral s’impose tout d’abord. Si le vent est levé on écoute son brame, et comme il fait trembler les feuillages alentours. Ou quand la pluie s’invite à l’obscure soirée, c’est son chant sybillin qui tient lieu de débat. Pour le reste du temps, après des reflexions qui vont creuser en soi jusqu’empoigner le coeur, les échanges se font à filets de murmures. On partage avec foi le récit des malheurs qui nous sont advenus, les revers amoureux, à nouveaux essuyés. On convient qu’être humain est état pathétique, reconnaissant en nous les stigmates profonds de la médiocrité. On se soumet passifs au joug des éléments et accepte aisément cet esclavage exquis que les sentiments bruts exercent sur nos âmes. Enfin, avant le jour, l’assemblée se sépare mais non sans s’accorder des adieux solennels : qui sait qui survivra tout un cycle lunaire et pourra assister au prochain rendez-vous de notre inconsolée ghilde des romantiques ?

Photo Ange7, Ramatuelle 2009.

* ° * // Et juste pour la halte, un article au hasard au milieu du bazar ! \\ * ° *

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Mémo à usage interne

 

no more !

Mon coeur,
Il faut essayer de comprendre, elle s’est lassée de tant attendre, et quand le hasard est passé et l’a tentée, tendre et sensé, elle s’est alors laissée prendre, sans penser qu’elle te réduisait irrémédiablement en cendres.
Plus tard quand elle s’est ravisée, revenue de ses vains voyages, elle a voulu voir ton visage pour y lire, en archéologue, la trace qu’elle y avait gravée. La cicatrice était si belle qu’on devinait à sa largeur combien lente elle avait été à se fermer péniblement. Mieux, elle sourit de constater qu’elle était fine et fragile et qu’un peu de feu suffirait à la rendre de nouveau plaie. C’est ce qu’elle s’appliqua à faire, toutes griffes acérées dehors. Trois jours durant, l’amour vivant ; et aussitôt mort de l’amour. La tornade, sans trop forcer, obtint cet effet escompté. Ainsi, la voilà repartie, t’abandonnant foulé, meurtri, exsangue et expirant, encore.

Illustration Ange7.


-*- Goûtez l’innocence d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

 

 

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Mot d’excuse

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M. le Directeur,
Je tiens par cette missive à m’excuser des méfaits de mon fils. Malgré mes recommandations et réprimandes, il me semble que son comportement, au lieu de s’améliorer, empire. Et je me demande en quel homme abominable il va malheureusement se métamorphoser si son tempérament incommode ne se calme pas complètement. Dans l’immédiat, je me propose de rembourser le matériel endommagé et de le mettre lui-même un moment à l’amende, tout en le menaçant de l’emmener en maison de redressement. 

Humblement,

Mme Mercader, maman de Ramon.

Photo Ange7, Muuido, Corée.


-*- Un peu clang ? Tentez donc article au hasard du journal de 5h12 -*-

Vent debout

 

 

Je n’en peux plus, Pablo. Mes traits s’épuisent à suivre ta route. Un instant je crois t’entrevoir, au loin, sur ton vaisseau vapeur, sur ta fusée de faire. Tu travailles. Et comme lentement je me rapproche soudain tu accélères, de nouveau tu quittes la Terre. Géant, tu visites d’autres galaxies d’idées. Tu brises les vitrines du voir et de chaque éclat tu fais un projectile qui va se ficher dans la cible de la conformité.
Mais moi, Pablo, mon ami, comment trouver ta voie, sans le génie qui te hante, sans la folie impatiente de tout mettre à bas ? Je suis retenu par ces repères auxquels je crois, alourdi par mon savoir, je m’élance mais ne décolle guère.
Tu es un ouragan, Pablo, mais je suis trop pierre pour être emporté. De ma gravité, cependant, j’admire le tourbillon d’étoiles que tu soulèves au passage et qui éclairent comme flambeaux la route tracée de la liberté.

Photo Robert Doisneau, retouches Ange7

Esperanza

esperanza.jpg

Vendredi, c’est poisson encore aujourd’hui. Il faut dire que je suis plus habile au filet qu’à la sagaie. Sans compter que le perroquet a la chair rare et dure; pas très goûteux, le bariolé. Poisson donc, résignons-nous. Bien grillé avec ces herbes fines que tu as conseillées, c’est un régal quotidien. Le lait fermenté de coco monte tôt à la tête : la sieste s’impose sous ce soleil de plomb. Le sommeil est le remède à la chaleur : on ferme les paupières au zénith pour les rouvrir à la fraîche. Les travaux abandonnés au matin peuvent reprendre dans la pénombre et se poursuivre, parfois, à la lune éclatante. Par ciel couvert, quand la nocturne boule boude, c’est au lit illico et dodo. Bonnes nuits où l’absence de fatigue convoque les rêves.

Illustration DR.

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : Attendre
A peine plus loin, se tient, bien droit, mais coi, un chien. Il guette..
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D’Ithaque au tac

Quand tu reviendras, dis, quelle fête on fera ! Pas besoin de lancer des invitations, tous les nobles du royaume sont déjà là, qui campent au palais. Tu verras comme j’ai changé, je suis un jeune homme à présent. J’espère que tu m’auras ramené deux ou troie bricoles de tes voyages. Dix ans déjà, c’est que c’est dur de naviguer par vent contraire. Maman d’ici-là aura peut-être fini de te tricoter ton pyjama. Des mois qu’elle s’y est mise et le travail n’avance pas.

Ton fils,

Avec en bonus :

 

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : Rime et Châtiment
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Tepes Mode

tepes.jpg

Mon très cher Vlad,
Je t’écris pour saluer le beau travail d’assainissement que tu as fait dans ta province : partout dans le pays on ne parle que de toi. On dit que tu as pris tous les voleurs, tous les tueurs, tous les violeurs et que tu en as fait un bouquet de pals autour de ton château. Sûr que la puanteur du charnier doit un peu te gêner aux heures des repas mais le message est clair pour tous les maraudeurs à la ronde.
Cependant, si tu le permets, je voudrais te prévenir contre ces excès qui, en tous domaines, sont mauvais chemins. Gare au goût du sang, à la colère sans cesse, sans fond. On a tôt fait de condamner n’importe qui quand on est juge tout puissant. Et la mort, trop souvent, appelle plus de mort.
Voilà Vlad, ce sur quoi je voulais alarmer ton attention; certains récits déformés me parviennent si odieux et cruels que j’ai peur que l’on fasse de toi, à la fin, un monstre assoiffé de sang que les mères évoqueront pour que les enfants se tiennent sages.

Prends soin de toi, au plaisir de te revoir,

Ton cousin.

Illustration, Ange7.

Souviens-toi, prodigue !

harpagon2.jpg

Harpagon, mon ami,
J’entends, à peine le pied posé en ville, mille quolibets qui courrent sur toi. On te dit ladre et mesquin, avaricieux à faire pâlir un cardinal. J’ai du mal à croire ces fredaines… Parle-t-on du même Harpagon ? Mon Harpagon ? Celui qui passa sa jeunesse de port en port, buvant et jouant non seulement sa solde mais la mienne tout de bon ? Celui avec qui, par quelques tours peu honnêtes, j’en conviens, je me suis souvent enrichi ? Celui qui donnait aux enfants, dans la rue, alors qu’ils étaient parfois mieux vêtus que lui ? Veut-on dire celui que j’ai vu un jour, d’un geste auguste, jeter une pleine bourse à des affamés de Lisbonne ? Et comme je m’étonnais de ce geste généreux mais démesuré, qui me répondit « l’or est de l’eau entre mes mains, j’aurais bien de peine et de malheurs à le vouloir retenir » ? Est-ce bien le même homme qui a troqué sa philosophie altruiste, son goût de la vie et de ses bonheurs éphémères pour une pingrerie risible et la perspective de reposer, froid et raide, dans un sarcophage précieux ?
Je ne peux me résoudre à croire tout ce que l’on me dit encore. Réponds-moi, cher ami, au nom de nos aventures, dis-moi qu’il reste au fond de ton coeur la petite flamme d’autrefois et je paraîtrai sur le champs, te sortirai de la torpeur où te trouve et nous donnerons une fête grandiose qui fournira aux bouches de la ville une bonne raison de parler de toi.

Agilulfe

 

Illustration Ange7.

Anouilh au beurre

Antigone, Antigone ! Le choeur a fini son speech. Il n’a pas changé une ligne. Le même qu’hier soir et le même que dimanche, en matinée. Il dit encore que tu vas mourir. Pourtant, je te promets, je lui ai dit deux mots, tout à l’heure, dans la loge. Je l’ai tiré par la perruque, je lui ai arraché ses faux-cils, je lui ai fait bouffer de la poudre de riz. Je ne suis pas bien épais, je ne suis qu’un petit page, mais quand je m’énerve, je m’énerve. Je lui avait fait jurer. Pas ce soir, pas la tragédie… Tant pis pour lui, et tant pis pour la pièce; viens, Antigone, partons. Tu ne mourras pas ce soir, ni Eurydice, ni Hémon. Ce soir, Ismène dira des poèmes. Ils se débrouilleront bien sans nous. Viens, Antigone, je t’emmène. Je ne veux plus que tu meures.

Illustration Ange7.

Citizen Jane

combustion.jpg

Jeanne, ma fille, ma toute petite enfant,
Je dicte cette lettre à monsieur le Curé de Bermont car tu le sais, je ne peux pas écrire. Il est bien gentil avec moi, comme toujours, et je l’en remercie. Jeannette, ma Jeanneton, quand cesseras-tu tes folies ? J’entends parler de toi par mille voix et ces récits m’effraient. Toi, si frêle et si douce, que vas-tu faire au milieu de tous ces hommes ? On dit qu’ils te respectent, qu’aucun n’oserait seulement te toucher en pensée, est-ce bien vrai, dis ? J’ai eu vingt ans, en mon temps, je sais les bêtises que l’on commet. Ne t’abandonne jamais à aucun d’eux, garde-toi du mal. Prends soin de toi, ma biquette, au besoin repose-toi sur tes frères qui sont avec toi. Je suis si inquiète.
On me loue ici de t’avoir mise au monde, mais je crois que j’aimerais mieux être bien ignorée et te savoir aux pâturages avec les bêtes. Reviendras-tu seulement un jour ?
Ta mère qui t’aime.

Photo DR, retouche Ange7.

Drame familial

dedale.jpg

Ariane, ma soeur, ça ne va pas du tout. J’ai fait, semble-t-il, une grosse bêtise, encore une fois. Sans doute m’en veux-tu encore beaucoup d’avoir volé ton homme et de m’être enfuie avec lui. Je sais que cela t’a fort chagrinée et je comprendrais que tu me détestes sincèrement. Mais voilà que j’ai fait pire. Lui absent depuis si longtemps, on le croyait mort pour tout dire, je me suis peu à peu consolée à la vue de son fils, né d’un premier mariage avec une espèce de furie de je ne sais plus quel continent. C’est que le petit avait l’allure du père. Et quelle allure, tu t’en souviens ! L’enfant est devenu un adolescent et l’adolescent un homme, et moi, pauvre solitaire, à demi-folle de mon attente, je suis finalement bel et bien tombée amoureuse de lui. Mon coeur lourd de ce secret s’est tu longtemps et quand enfin, soir de faiblesse, il a murmuré l’horrible vérité, le fils s’est éloigné de moi les yeux pleins de dégoût. Mais le drame, Ariane, ne s’arrête pas là. On annonce à l’instant que mon mari est vivant, qu’il est en route, qu’il arrive!
Je ne sais trop comment tout cela va finir, mais mal, très mal, je le crains.
Répond-moi si tu en as le temps. Je désespère.
Ta soeur qui t’aime.

PS : je ne connais pas ton adresse exacte aussi j’expédie ce pli au bord où tu fus, jadis, par lui laissée..

Photo DR, retouche Ange7.

Mauvais temps

pontvangogh.jpg

 

Théo, cher frère, la pluie me met au chomâge. Elle tourbillonne dehors comme sorcières en sabbat et siffle et claque.
Tous les chats sont blottis près des poëles, et la minette grise, Cendrillon, est même couchée dans l’âtre, sur les briques brûlantes, comme à son habitude.
Le café est calme et presque désert. On s’y abrite quelques minutes puis, quand le blanc limé a injecté au corps un peu de courage, on ressort affronter les éléments.
Pour moi c’est relâche et je joue avec un brin de paille qui dépasse de ma chaise.
Je ne bois pas, je ne pense pratiquement à rien, j’attends le soleil de mars.
Tendrement,
V.

Illustration, »Pont sous la pluie« , Vincent Van Gogh.