Indignation

Notes pour plus tard :
On nous dit aujourd’hui : « tout est faux ».  La belle affaire. N’avons nous pas déjà, sur la foi d’informations alors garanties, engagé tous nos jetons ? Combien de foyers sont touchés à présent que la vérité éclate ? Qui saura chiffrer les pertes humaines ? Des hommes et des femmes respectables  jetés dans l’opprobre, des familles au désepoir : voilà les conséquences de cette accablante légèreté. Peut-on, d’une déclaration mouillée aux larmes de crocodile, effacer le mal fait ? C’est trop facile de passer l’éponge et prétendre que rien ne s’est passé. Dans leur chair, ceux qui ont souffert, comme leurs proches, ceux qui ont tout perdu, ceux qui, on l’a vu, y ont laissé la vie même, qui viendra les consoler ? Quelle solution miracle les dédommagera de l’irremplaçable ? « Tout est faux » ? Le bel aveu et comme ceux qui le formulent aimeraient que le sujet s’éteigne après ces mots définitifs. Nous ne leur ferons pas ce plaisir et tant que du sang coulera dans nos veines, nous tracerons avec nos dénonciations, nous dirons nos colères et nous ferons résonner la mémoire de ceux qui ne sont plus là pour se battre avec nous.

Illustration Ange7.


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Le mois du grand blanc

Notes pour plus tard :
Jusqu’à l’entrée du temple un cotonneux ruban s’étirait inviolé. Depuis le tôt matin, des dizaines de moines avaient pourtant emprunté ce chemin pour aller méditer, pour aller chercher l’eau, pour leurs allées-venues ; et la neige datait déjà de l’avant-veille. Unique entrée et sortie d’une enceinte haut murée, la seule explication s’imposait d’évidence : le froid avait durci les flocons si bien qu’on n’y laissait pas trace. Au premier pied, pourtant, la belle théorie s’enfonça d’un demi-mètre. Et chacun des pas suivants creusa pareillement de vastes béances. Yon-su était fasciné par ce prodige et son coeur impatient de novice galopait à l’idée de pouvoir lui aussi, un jour, effleurer la poudreuse sans plus de poids que le vent.

Photo Ange7, Corée  2009.


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Interrup

Notes pour plus tard :
Le fabuliste disait pourtant qu’en toute chose il faut considérer la fin. Le bouc au puits, abandonné, mourrant de faim, s’en morfondit longtemps en agonisant… Mais de ces leçons trop fines, on ne retient souvent que la roublardise du renard, son habileté à se jouer de tous ses interlocuteurs, souvent avec une cruauté enfantine et amusée, toujours très égoïstement. Ce malin-là, c’est celui qui réussit au détriment des autres. Ici, littéralement, en leur marchant dessus la tête.
Qu’un jour on se trouve, ainsi planté au pied du mur, devant la tâche suspendue et impossible à achever et l’on repensera peut-être à la morale de la fable. On se souviendra, trop tard comme il se doit, du besoin de planifier l’issue avant l’entame, de l’inconvénient majeur qu’il y a à improviser avec la réalité solide qui ne souffre aucune négociation.
L’inventivité comme l’approximation, l’idée spontanée : l’arpenteur doit laisser tout cela à l’artiste dont l’existence tout entière se décide à coups de dés.

Photo Ange7,  Maroc 2010.

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La promesse du djebel

Notes pour plus tard :
Difficile de croire, 35 degrés à l’ombre, comme nous marchions, silencieux et suant sous le poid de nos sacs, que nous foulerions bientôt la neige. La terre de poussière, sèche, safran, qui reflétait le soleil et soupirait sur nous son haleine torride, commençait à laisser place à la roche ocre de l’ascension. Quelques heures d’efforts seulement nous séparaient du chemin de crête, mais la route était longue, courte la journée, et il nous faudrait immanquablement bivouaquer la-haut. L’idée seule du froid qui nous attendait faisait courir sur nos échines une vague glaciale. Nous aurions aimé, pourtant, accumuler un peu de cette chaleur aride, retenir ces températures éprouvantes contre lesquelles nous avions lutté mais qui seraient bientôt un doux souvenir et une nostalgie nécessaire à nos coeurs gelés. L’équilibre, malheureusement, n’était pas possible, pas plus que le mélange. Nos derniers pas dans la canicule ne se tempéraient d’aucun vent et nous savions déjà que la nuit qui nous attendait ne se laisserait apprivoiser par aucun feu, si vif soit-il. Elle attendait ses proies toutes dents dehors et la morsure, comme il se doit, serait terrible.

Photo Ange7, Maroc 2010 .


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YES PAST !

Notes pour plus tard :
C’était un punk de l’afterwave. Il n’avait pas connu King’s Cross, ni le London des 80 et ne pouvait se consoler d’arriver trente ans en retard. Aucun coiffeur assermenté ne savait monter une crête ni la colorer rouge et bleu. Tous ses beaux jeans sales et troués passaient pour des futals ringards. Ardu d’incarner l’avant-garde quand on est derrière à la traîne. Aucun des groupes qu’il aimait n’avait édité un CD et il avait de plus en plus de mal à se les procurer ces grosses piles à insérer dans son double-deck à K7. Il avait beau distribuer un fanzine photocopié, assez dark, de quatre pages, isolé dans son quartier, dinosaure dans sa cité, il n’avait guère comme preneur que le vendeur de marrons chauds en manque de papier journal. Comble du must, lui qui formait pour l’avenir du genre humain un doux rêve de NO FUTURE, il subissait une société s’étant mollement entiché de sauvegarder la planète.

Photo Ange7, Ramatuelle 2009 .

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Crénom !

Notes pour plus tard :
Quelqu’un pourra-t-il m’expliquer comment fit cet individu dans l’état de décrépitude où tout les témoins l’ont surpris et ainsi qu’il fut constaté par rapport formel de police, comment un être claudiquant, qui n’avait qu’un seul soulier même, comment il a pu, celui-là qu’on aurait, me répète-t-on, gaiement voué au gémonies, lui ainsi vil et détestable, ce misérable malhabile tel que chacun me l’a décrit, j’aimerais bien savoir comment il a réussi ce coquin, à me voler d’un mouvement ma montre en or et mon lorgnon avant, quasi-sorcellerie, de s’évaporer tout à fait dans le décor et l’air du soir?

Photo imperméable DR, Illustration Ange7.


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Rose très mièvre

Yerim and Her Pink Thing

Notes pour plus tard :
Tout est blafard et délavé dans cet appartement pastel. Débordant la chambre d’enfant, le rose, subrepticement, a inondé toutes les pièces. Il s’est collé au papier-peint, a couvert le linoléum et pas un meuble n’a sa touche jusqu’au frigo qui est bonbon. Sur un canapé vieux saumon s’exposent des coussins à franges qui ont peut-être été orange. Au sol gît un épais tapis à l’indicible coloris. Quelques tristes peintures à l’eau, aux murs, complètent le tableau.

Photo : Yerim and Her Pink Things par YOON JeongMee.


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