Métro

Dante

 

Bouche vorace qui avale, sans mâcher,
Quotidiennement, ses millions de portions,
La moue si dégoûtée qu’elle ne peut s’empêcher
De les recracher vifs, après quelques stations.

 

Photo Ange7, Séoul 2009.


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Épinglé

Piqûre

 

Une piqûre. D’abord la surprise qui vibre aux tympans et dans tout le crâne par résonance. L’instinct des traqueurs de mammouth qui savaient que le danger est partout autour. Une alarme intense qui signifie, trop tard, que la tranquillité de l’être, la douceur épicurienne de l’absence de douleur, vient d’être violée. Une fraction de seconde plus tard, c’est la réalisation, la prise de conscience exacte de l’incident, sa localisation ponctuelle, et cette idée : « quelque chose m’a piqué ». Alors commence la sensation. Comme d’un petit Etna, la souffrance électrisante part de l’infime point d’entrée et fait couler sa lente lave irritante le long de la peau. La zone rougit et s’élargit à vue d’oeil. Les veines mêmes, maintenant, semblent charrier des copeaux de maux, et jusqu’au cerveau qui sent transiter d’épais grumeaux sensibles. La bouche murmure un lamento entre les dents serrées. Tout entier, le corps est  perturbé par cet événement minuscule. Et c’est aussi, quand je te vis, l’effet précis que tu me fis.

 

Photo Ange7, Rians, France 2008.


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Goutte à goutte

Version 1:
La goutte, au robinet, longuement rassemble ses forces. Elle se forme et se contient. Elle prend ce galbe lourd qui toise la gravité, accumule la force même qui va la précipiter.
Et puis, vient la chute vertigineuse, la descente grisante, le grand plongeon tout schuss. Malgré l’épaisseur de l’air, qu’elle traverse, verticale, la goutte ne se disperse pas, tout juste elle s’effile un peu sous l’effet de la vitesse acquise.
Il en va autrement, à l’arrivée, du grand choc de la réalité. La claque de l’évier lui est fatale. Les molécules attachées, qui s’étaient regroupées pour le voyage, s’éparpillent. L’eau reste de l’eau mais l’association est dissoute. Chacun a repris sa route.

Version 2:
C’est dans l’intérieur du genou, que la gêne s’installe et gangrène le mouvement. Le vieux courtisan, costume passé de mode, perruque poudrée sans éclat, avance avec peine vers son roi. Il manque de grâce en ce siècle de fanfreluches. Pire, sa goutte lui interdit une obséquieuse révérence. Point de courbettes, point de largesses et le monarque le renvoie d’un geste hautain de la main.

Version 3:
Ce n’est pas par malice que mes lèvres, ô délices, te courent sur tout le corps. C’est que la bougie soufflée me laisse désorienté. Dans cette belle nuit divine, noire comme l’encre de Chine, j’ai beau chercher ta bouche, je m’égare, car on n’y voit goutte. Mais je persévère. Je trace ma route de petits baisers. Si je tente encore, sûr qu’avant l’aurore, je la trouverai.

Image DR, retouches Ange7.

 

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Le lugubre

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 lugubre.jpg

Notes pour plus tard :
A la mèche austère et raide qui scie en deux son front profondément ridé, répondent aux côtés, deux larges bandes de barbe qui roulent, noires et sans merveille, de l’oreille à la mâchoire. Le peu de joue qui reste à le teint d’un gisant de marbre. Ses yeux éteints, loin enfoncés, semblent absorber toute lumière, pas de reflets sous ces paupières, c’est le regard sombre des pierres. Sous un nez décharné, à la pointe sévère, la bouche n’est qu’un pli entre les lèvres amères, fines et décolorées. Ce visage funèbre finalement se ferme sur menton tranchant, étroit et anguleux.

Illustration Ange 7.