Passer les barrages

Barrage

Dans un conte bien ficellé,
l’épreuve d’élimination
consiste généralement
à traverser une forêt
de ronces géantes endiablées,
et —selon le budget— en flammes,
pour parvenir enfin au pied
du petit chemin escarpé
qui mène au château de la belle.
*
Le dit chemin, c’était couru,
tend à s’écrouler sous les coups
de sabot du blanc destrier
à mesure qu’on le gravit
et à mi-course environ,
surgit, bien sûr, à l’horizon
le terrible et hideux dragon
qui constitue le test final
avant récompense royale.
*
Laquelle, sortie de torpeur,
après avoir bien inondé
de ses larmes tout le donjon,
se découvre à son fenestron
une vocation supportrice,
hurle des encouragements,
entame des chants de taverne,
et proteste en mauvaise foi
contre les décisions du sort.

Illustration Ange7 2009 .


=°= Et pour prolonger la visite : une kyrielle au hasard =°=

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Dos d’âne

baudet

 

Sacs de sel aux flancs répartis, elle a bon dos, en plein midi, l’échine ronde du baudet. Comme s’il ne suffisait pas qu’on le charge, on voudrait encore le voir avancer à grand train. Et il faut bien voir le chemin : que de la côte escarpée, et caillouteuse, à cabris. Sous le soleil, de loin en loin , ce n’est donc pas une surprise, de voir l’âne, qui temporise, s’accorder un peu de répit. Le maître a beau dire et beau faire, les sabots plantés dans la terre, l’animal tient sa position, de toute son obstination. C’est lui qui dicte la conduite.

 

Illustration Ange7, 2009.


-*- Fatigué(e) de bisquer ? Accordez vous un article au hasard du journal de 5h12 -*-

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Vu d’en haut, d’en bas.

Vues d'en haut, d'en bas.

À l’entrée de la forêt,
Le petit camion rouge,
Aurait dû se méfier
Quand un grand panneau routier
Proposa de dévier
Par l’itinéraire bis.

Mais inexpérimenté,
Inconscient des dangers,
Il prit la route indiquée.
Il transportait dans sa benne,
Pour Samir, grand garagiste,
Des plaquettes de freinage
Et un petit pot de bielles.

Ce chemin était plus long
Et le  petit camion rouge
S’était mis très en retard.
Tant et si bien qu’arrivé
Il trouva rideau baissé :
Fermé pour cause de grève
Disait un petit carton
Accroché et pendulant…

 

Photo Ange7, Seokcho 2008.

 

-*- Vous entendez trop « amen » ? Tentez donc article au hasard du journal de 5h12 -*-

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Pour qui sont ces serpents ?

larger snake

Notes pour plus tard :


La maison donnait, sur l’arrière, dans un terrain si sablé qu’il semblait un petit désert. Comme j’y pénétrais pour la première fois, j’en inspirai l’originale saveur, j’en scrutai le panorama photogénique, et j’en fixai le souvenir comme si je ne devais jamais plus y revenir. J’avais à faire : je ne pus flâner très longtemps et je ne m’étais guère éloigné.
Pourtant, en rebrousssant chemin je surpris avec horreur deux anacondas blancs, massifs, terribles, qui étaient lovés juste à droite de la porte que je devais franchir pour entrer, de nouveau, dans la demeure. Pétrifié, à quelques bons dix mètres, je les observai avec attention. Je détaillai en frissonnant leurs pâles écailles, les motifs sombres, en losanges, qui ornaient leur interminable morphologie. Une tête sourtout captivait mon attention et glaçait mon sang. Triangulaire et mauvaise, elle était minuscule par rapport au reste du corps, bien que mesurant plus que mes deux mains jointes. Enfin, j’avisai un bâton et devisai un plan d’action : entrer en courant, parant de mon arme. Il me fallut encore plusieurs minutes pour rassembler le courage nécessaire à l’entreprise.
Puis, comme un squelette au bout d’une ficelle, je m’élançai maladroitement vers la porte, le sanctuaire. Mes jambes gondolaient et on eut dit que j’avais oublié comment galoper. Comme je gagnais presque mon but, le reptile le plus proche de la porte commença à s’agiter, sans doute dérangé par les secousses de ma course de pachyderme. Ne pouvant me résoudre à ralentir, ou à stopper mon élan, je poursuivis, les palpitations cardiaques au bord de la rupture, terrorisé.
Et, tandis que j’allais, enfin, franchir le seuil, je sentis, dans un ralenti surréel, ma chute catastrophique. Le bâton que je tenais comme une lance de tournoi s’était fiché dans un arbre, juste à l’entrée de la maison; le choc m’avait déséquilibré et je m’étais retourné comme un pantin sur ressort, effectuant un demi-tour complet, incapable de me redresser, de me raccrocher à quoi que ce soit, et m’écrasant finalement, face contre terre, dos à la maison.
Ne ressentant sur l’instant aucune douleur tout mon esprit était tendu vers la pensée que la niche des deux serpents se trouvait à présent à ma gauche, légèrement derrière moi, suivant un angle qui m’était parfaitement invisible. Une sueur froide se déclencha instantanément sur tout mon corps. La peur me tenait cloué au sol, incapable du moindre mouvement, tétanisé.
Quelques secondes de torture s’écoulèrent ainsi avant que je ne puisse retrouver l’usage de mes muscles. Je bondis alors sur mes pieds, ramassant en un éclair le bâton et me retournant vers les serpents. Le mur ensoleillé était vide. Je restai immobile, interdit.
Mon ramdam avait-il dérangé leur sieste et s’en étaient-ils allés ailleurs la terminer ? Ou bien, et cette idée me cingla quand  je lâchai le bout de bois et pénétrai dans la maison, n’y avait-il jamais eu de serpents ?

( Illustration originale : St-Exupéry, bien sûr. )


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Dîner en ville (V)

Squared

Mais cette conscience est douleur
Car elle révèle son état :
Son triste corps, son pauvre coeur,
Et sa condition d’errata.

Honoré sait que sa cervelle,
Dégrisée, reprend ces chemins.
C’est bien pourquoi il la muselle
En la baignant de mauvais vin.

Mais l’hiver est parfois si froid,
La solitude si profonde :
Bientôt il n’a plus d’autre choix
Que de s’en revenir au monde.

Verser un peu dans la machine
L’huile indispensable aux rouages,
Et s’étonner quand se dessinent
Pour lui, ces sourires aux visages.

(à suivre…)

Illustration Ange7, 2008.

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Cent fois sur le métier…

Il a suivi au jour tombant,
le clair chemin de feuilles rousses,
il a longé un temps l’étang
où d’épaisses jonchères poussent,
puis s’aventurant plus avant,
il a gagné la forêt brousse.
Là, il s’est assis dignement,
bien droit contre le tronc de mousse;
et s’est répandu en sanglots,
ex professo.

 

Photo Valérie, retouches Ange7.


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Bientôt l’automne

Quand on sera bien en automne,
Je te confierai un secret.
Celui de la couleur des pommes,
Du goût du vent et des regrets.

À petits mots, je dirai comme
j’ai vu un jour l’amour passer.
Passer tout près, un bel automne,
Passer tout près, mais pas assez.

Ses yeux étaient couleur d’automne,
Sa peau avait le blanc du lait,
Un frais parfum de cardamome
L’accompagnait où elle allait.

Elle avançait, reine au royaume,
D’un pas noble qui enivrait,
Tant que les arbres de l’automne
Sur son chemin se découvraient.

Comme les feuilles au vent d’automne,
Aux chorégraphies compliquées,
Ses boucles en suivez-moi-jeune-homme
Volaient piquaient et repiquaient.

Mon coeur à ces pointes pilums
S’est ouvert une grave plaie
Que tous les baumes de l’automne
Couvrent sans pouvoir apaiser.

Voilà que je suis à l’automne,
Qu’importe s’il est remâché :
Ce souvenir est mon opium,
Et je ne peux m’en détacher.

Photo Ange7, Séoul 2008.

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