Expo Photo 7 et 8

Un jour sur deux, de petits textes écrits pour accompagner l’expo photo de Charles GIUBERGIA.

Photo Charles GIUBERGIA

Macro-géo

Pascal nous l’a bien dit : nous sommes, nous les homoncules, pris en pince entre le minuscule et l’infini. La règle peut apparemment s’appliquer à tout le vivant et cette roche, de plus près, n’est-elle pas un paysage ? On y distingue des passages et des vallées, des monts, des vaux, des bois, des eaux… C’est la carte fidèle d’une terra incognita parfaitement secrète.

* * * * * * *

Photo Charles GIUBERGIA

Les ondulations immobiles

Quelle force faut-il pour pétrifier l’instant ? Ces fières vagues bleues, à diadème d’écume, le temps sut les saisir dans la danse sublime de leur balancement. Il figea en génie leurs vives variations et la teinte éternelle de leur ancien état.

.

-*-
Envie d’autre chose ?
Tentez donc un
article au hasard du journal de 5h12
-*-

Publicités
Publié dans JOURNAL. Étiquettes : , , , . 2 Comments »

Retour à l’envoyeur

AfricA

Entends le tam-tam régulier de ma terre cacaotée elle est inondée de lumière et éprise de sons rythmés Vois sur nos corps le noir de nuit qui est plus fort que le soleil la danse appelle la rosée sueur qui fait briller nos peaux Attends tout le temps nécessaire et tu ne seras pas déçu chasse tes idées préconçues ma terre entrera dans ton coeur Tu apprendras son mouvement rapide lent et saccadé la résonance de son sang la profondeur de sa beauté Tu sentiras la terre mère te reconnaître et t’aimer tu l’aimeras les yeux fermés ton voyage enfin terminé

 

 

Illustration Ange7 2009.


 

-*- Fatigué(e) de xylographier ? Accordez vous un article au hasard du journal de 5h12 -*-

Publié dans CHANSONS, JOURNAL. Étiquettes : , , , . 2 Comments »

Liturgie

 

Note pour plus tard :
Les fidèles assemblés, en le temple assombri de la douce Kiné, qu’ils commencent par se masser les chevilles. Avec ferveur et fermeté, qu’ils remontent après, lentement, vers les genoux et vers les hanches. Puis comme les roseaux qui penchent sous les rafales du mois d’août, les bras tendus, qu’ils brinquebalent, étirés, largement, des deux côtés. Enfin qu’ils fassent rouler leur cou : les yeux au sol -humilité; au ciel -prière; jusqu’à être exaucés.
Quand leur corps tout entier aura été gagné par la chaleur et la transe : qu’ils dansent !

 

Logo DR, retouches Ange7.

-*- Besoin de calins ? Tentez donc  article au hasard du journal de 5h12 -*-

La bague

labague.jpg

J’ai vu en rêve une vague, qui portait en son rouleau, la bague-sceau d’un grand roi. Abandonné sur le sable, par la lame retirée, le bijou étincelait comme éclaté d’une étoile. La femme qui le trouva le regarda longuement, chercha en plissant les yeux, a en percer la magie. L’or marin resta muet. Lors sous le soleil témoin, elle se le passa au doigt. Dans sa bouche aussitôt, elle sent que l’eau se sale, sa crinière de charbon prend des reflets de bleus pâles, mâtinés de verts profonds, et son teint de lait se hâle. Il lui semble que le vent, pourtant léger ce matin, de sa peau si délicate, fait un craquant parchemin. Dans ses yeux une douleur indique la sècheresse et malgré son désarroi, elle sent qu’elle n’a plus de larmes. Tout son corps appelle l’eau. Séduite par l’élément, sa danse fluide et changeante, son énergie vive et lente, son insondable mystère, elle y plonge avec passion et disparaît à jamais. Mariée avec la mer.

Illustration Ange7.

Publié dans JOURNAL. Étiquettes : , , , , . 2 Comments »

L’un des soldats était mon ami

.
estoc.jpg

.

Il y avait cette danse ridicule et un rien macabre. Le général et ses troupes, dans leur kaki écœurant, se tenaient la main en une ronde exaspérante. L’un des soldats était mon ami. Les bottes montantes pataugeaient et sautaient dans plusieurs centimètres d’eau, déjà, et le niveau montait lentement. Leurs cris étaient inintelligibles, mais féroces et insultants sans doute. Leurs bouches énormes, moustachues et barbues, jungle de poils, se déchiraient en beuglant. Leurs yeux éteints durant les longues marches avaient une lueur qui m’effrayait, qui semblait une flamme sèche et rouge, qui était de la haine. Leurs bras, attachés en ce vicieux cercle balançaient avec mesure comme ils tournaient en rond. Leurs mains crispées, les unes sur les autres, leurs doigts recourbés comme serres d’aigle, comme crocs de boucher.
L’eau montait. Le bruit de l’eau, écrasée, éclaboussée, chassée et revenant toujours s’amplifiait et devenait grondant. La salle était une sorte de hangar, une cave peut-être, un endroit humide et sombre. Les sons, les cris, les pleurs y résonnaient longtemps. Les murs avaient la couleur de la crasse, de la terre mouillée, de l’armée, une teinte indistincte et repoussante. Le sol, couvert par le liquide était invisible à présent, mais devait être de terre battue ou de sable. Le plafond, le plafond, était de plus en plus proche.
L’un des soldats était mon ami, il tenait la main du général, juste à sa droite. Il était jeune, peut-être vingt ans à peine, peut-être même pas. Ses cheveux ras étaient très blonds, si bien qu’on l’aurait cru chauve de quelque distance. Ses yeux étaient profonds et pleins de larmes qui ne pouvaient pas s’échapper. Bleus, sans doute, mais ce n’est pas certain. Il gesticulait comme les autres, avec les autres, désarticulé et risible. Sa peau était terne et tirait au mauve. Sous ses lèvres qui perdaient aussi leur couleur, sa mâchoire se serrait à s’en casser les dents. Cela creusait encore ses joues et il paraissait vraiment malade. Il ne chantait pas.
Le général, à côté, était un bien étrange personnage. Ni grand ni petit, mais massif. C’est le mouvement de ses bras à lui qui se répétait en écho tout le long de la ronde, c’est la force de son cri, seul, qui semblait emplir l’espace de toute la pièce. Mais non : c’était seulement l’eau qui montait. Son visage était cette forêt noire où un trou rouge gueulait. Ses cheveux étaient courts, son front, son nez et ses oreilles attestaient qu’il fut de chair. Son teint poli avait le lustre des vieux meubles, ses yeux jaillissants avaient la force d’arbalètes. Il s’épanouissait dans ces jeux morbides, revigoré par le goût de la violence, revivifié par l’odeur de l’injustice. Il était seul et il était tous à la fois.
Le niveau de l’eau était monté si haut dans la danse que les soldats ne bougeaient plus à présent. Ils ne s’étaient pas lâché les mains mais elles étaient sous l’eau, comme leurs jambes et plus de la moitié du torse. Ils poussaient toujours des hurlements, semblait-il, mais rien n’était vraiment audible. Ils étaient fous, comme à l’habitude, ou bien un peu plus encore.
Enfin, le cercle se brisa et tous restèrent sur place. Le général attira à lui le corps qui flottait et saignait et gémissait comme un enfant.
D’une poigne terrible, il enfonça la tête sous l’eau et un silence assourdi et cotonneux se fit.
Quand enfin j’ouvris les yeux, après ce qui me parut être un moment intensément immense, je vis tout d’abord la triste mine de mon ami. Je vis les larmes qui avaient enfin réussi à couler le long de ses joues pâles. Puis, détournant la tête, je vis le rictus figé du général et la perspective grotesque et cassée de son bras qui me maintenait sous l’eau. Mes yeux piquaient, car de la terre mêlée à l’eau les griffait. Je voulus ouvrir la bouche, mais elle l’était déjà, grande ouverte, désespérément ouverte et inutile.
Mes narines étaient pleines d’eau elles aussi, tout mon corps en fait s’était gonflé comme une éponge.
Je fermais les yeux de dépit et de fatigue, d’impuissance et de tristesse. Puis je les rouvris aussitôt, car l’asphyxie dans le noir était plus terrible encore.
Au-dessus de moi, portant l’estocade, le regard du général transperçait la surface.

Photo et retouche Ange7, Séoul 2008.

***

Le reste de la série est sous la catégorie NOUVELLES : le garde, le sergent, le lieutenant, le colonel et l’amiral.

***

——————————————————————————-

Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : L’odeur des fleurs
-”Je t’ai à l’oeil, mon garçon”. La barbe grave et le doigt maigre pointé en direction d’Edmond, le professeur
————————-——————————————————