Looking for Kenny

City Tower Construction Site

Kenny

J’avais ici, tout au début, quand j’étais tout frais débarqué, un ami prénommé Kenny, que j’ai depuis perdu de vue.
Kenny était salary man, employé parmi des milliers, d’un des conglomérats géants qui se partagent la nation. Ayant vécu à l’étranger, étudiant aux États-Unis, il parlait un anglais parfait et il avait surtout pour lui le recul que peut procurer d’être sorti de son pays. Kenny, lorsque je l’ai connu, occupait un petit bureau, situé au premier étage du bâtiment Daewoo Tower, face à la Gare de Séoul.
Intelligent et travailleur, il a bientôt creusé son trou, ou plutôt gravi son échelle. Car, quand il a été promu, il a changé de position… vers le haut ! Passant à l’étage au dessus, dans un bureau mieux agencé, toujours partagé cependant, avec des dizaines de gens. Au cours des mois, récompensé pour ses qualités indéniables, Kenny a gravi les degrés d’une irrésistible ascension. Et chaque fois la promotion lui ouvrait un nouvel espace situé plus haut dans la tour.
Cinquième étage puis neuvième… Bientôt installé au quinzième, Kenny profitait à présent d’un espace indépendant. Acharné et très efficace, il a continué ainsi à satisfaire ses patrons. Malheureusement, son travail ne lui permettait plus jamais de nous retrouver au sauna, ou de partager un repas.
J’ai appris quelques temps après, par un e-mail automatique, que Kenny prenait du galon. La signature du message mentionnait le « 22F » donc le vingt et unième étage !Je n’ai pas répondu au mail et plusieurs mois se sont passés.
Un jour, pourtant, j’ai décidé de recontacter mon ami. J’avais de lui toute une pile de belles cartes de visite qui témoignaient à leur façon de sa carrière exceptionnelle. Aucun numéro indiqué ne le trouva au bout du fil, et l’e-mail, d’abord essayé, se révéla déconnecté.
Bien décidé à le revoir, je me rendis, un beau matin, au pied de la Daewoo Tower où je n’étais jamais entré. Là, je tâchai de l’obtenir des bureaux de la réception. Tout le monde fut très gentil et consacra beaucoup de temps à chercher monsieur Kenny Kim. Son nom de famille est commun et Kenny étant son surnom, il était en fait malaisé de le repérer tout d’abord. Mais la recherche pointilleuse, et bien sûr informatisée, ne négligea aucune piste.
Enfin tomba la vérité.Kenny avait démissionné, depuis déjà plusieurs années, alors qu’il travaillait encore, anonyme et sous estimé dans cet immense poulailler laborieux du premier étage. Puis il s’était, par frustration, inventé tout un personnage, attribué des promotions, imprimé de nouvelles cartes…
Il avait bien joué le jeu, jusqu’à espacer ses visites. Et comme un grand illusionniste, il finit par s’escamoter.

Photo Ange7, Séoul 2009 .


-*- Écoutez donc le krack d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

Joyeux Noël !

 

Un bon Noël à tous !

 

 

Naïvement, espérons la concorde pour apaiser ceux qui s’entre-tuent, la résolution — généralisée et individuelle — des différends, à l’échelle humaine au moins, plus de répartition que de profits, moins d’abandonnés que d’happy fews, et pour la planète, qui a bon dos, un peu de répit.

 

Photo et retouches Ange7, Séoul 2008.

 

-*- Rien n’est plus céleste ? Tentez donc article au hasard du journal de 5h12 -*-

Publié dans JOURNAL. Étiquettes : , , , . 5 Comments »

Ascendance

Ô mon échelle urbaine,
tu m’entraînes aux nues;
ton éden ingénu,
combien peu en reviennent ?

Ô chemin ascendant
par tes douces amorces
tu voles temps et forces
à tous tes prétendants.

Ô degrés de ma peine
un à un surmontés
finira-t-il jamais
ce progrès de mes chaînes ?

Ô sublime escalade
pour des cieux miroirs
du haut de ton plongeoir
je dirai ma ballade.

 

Photo Ange7, Séoul 2008.

 

-*-
-*- Besoin de vénération ? Tentez donc un article au hasard du journal de 5h12 -*-
-*-

Publié dans JOURNAL. Étiquettes : , , , . Leave a Comment »

La cache

inventaire.jpg
Il y a dans l’arrière-boutique
A y regarder de plus près
Des cartons dont la pile oblique
Et des boîtes mal alignées
.
C’est que de ton dos bouleversant
Tu as fait chavirer l’échelle
C’est que mes mains en te cherchant
Ont fait valdinguer les archelles
.
Te coursant pour te dévorer,
T’évitant quand tu voulais mordre
L’espièglerie de nos baisers
Nos cœurs ont causé ce désordre
.
Là, ta tête s’est renversée
Parmi les sacs, offrant ton cou
Et ta chevelure étalée
Couvrant les pots de ses flots fous
.
Ici, ton corps dans les paniers
N’a creusé qu’une inflexion
Terrestre quand il résistait
Éthéré dans son abandon
.
À y regarder de plus près
Avec ses flèches et sa musique
On dirait qu’Amour est passé
Dedans notre arrière-boutique

Illustration Ange7.

——————————————————————————-
Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : la chanson du Vers de terre (avec audio)
La radio a révélé /Un truc qu’on n’attendait pas / Tout le monde est resté coi /Quand le doc m’a annoncé /
————————-——————————————————