La dame de la librairie

en vitrine

Ma libraire est dame menue
qui n’eut pas toujours de chignon
elle fut jeune et on l’a vue
voletante sous les lampions

Elle a gardé de ce beau temps
des astres brillants aux prunelles
et la douceur qu’en souriant
elle répand tout autour d’elle

Dans une atmosphère languide
que viennent rarement troubler
des touristes en quête de guide
elle lit toute la journée

Ainsi elle est aventurière
mère fille sainte catin
souvent elle vit dans l’hier
qui lui semble un temps moins chagrin

Derrière les livres empilés
comme les tours d’un château fort
elle rêve d’être enlevée
par un paladin au coeur d’or

Mais qu’un héros pouvant lui plaire
veuille  à la vitrine gratter
aussitôt revenue libraire
elle le rabroue sans pitié

Elle fuit la réalité
car c’est le rêve son amour
c’est en songe qu’elle veut aimer
en fiction qu’on l’aime en retour

Dans ses romans vivre est poignant
les sentiments sont exaltés
chaque événement bouleversant
tout est entier rien n’est gâté

Un chignon et des verres épais
La dame de la librairie
a pour les histoires inventées
une passion infinie.

Photo Ange7, Séoul 2009 .


-*- Écoutez donc les fioritures d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

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Déréistique

© Ange7

La belle brique rouge, aux angles si émoussés qu’elle en paraît ronde, à la terre cuite souple qui, tiens, s’enfonce légèrement sous la pression des doigts, la belle brique rouge que je fais rebondir sur le trottoir, tout le long du chemin.

La sonnette chaînette fait un bruit aigre de vaisselle qui brise.

Chaque marche mène au sommet de la Tour de Pise.

Le calme feutré s’abat comme brume épaisse, nous savons bien qu’il précède la tempête…
Sur le bureau, la lampe de verre émet, faible et floue, sa lumière à travers son abat-jour de verre, elle est mon soleil pâle et malade.
Le grand divan balance mollement, le grand divan est immobile, j’essaie en vain de basculer le grand divan.
La nuque dans un profond coussin, la tête dans les nuages, mon œil se fait perçant, mon œil, tu es longue vue.
Le grand chien de faïence, au nez droit sur le Cap Sud, aux oreilles dressées et pointues, à la large fourrure blanche et tendue, ô grand chien de faïence, mon vaisseau, voguons !
Chacun des livres de la bibliothèque, tant de tailles, tant de couleurs, les précieuses dorures, livres, vous qui renfermez des mondes prêts à nous sauter au visage, de tonitruants personnages, soyez mes coffres au trésor.
La cheminée béante, noire gueule d’enfer, la cheminée menace; son irruption est imminente, sa déferlante de lave couvrira toutes traces.
Il faut se protéger ! je saute sur un rocher de bois couvert de feuilles de bananier manuscrites, je saisis, coupe-papier, mon sabre et je mouline. L’équipage mutine, veut me maîtriser.
Je bondis, je vole : Pise, chaînette… océan.

Photo Ange7.

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : Au surmarché superréaliste
Duvet d’eider prêt à coudre / Assorti au baldaquin, / Impérial casaquin / Criblé de lapis en poudre /
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