La belle

prison

Note pour plus tard :

Comme elle était désaffectée, noire de suie d’un incendie, et dangereuse, à coup sûr, par sa toiture mi-effondrée, on entrait pas dans la maison que l’on surnommait la prison. Mais on aimait bien, tout de même, passer devant pour se tenter. On se croyait à l’intérieur, aux fers, au pain noir et à l’eau, clamant d’abord notre innocence et le fourbe complot, la lettre de cachet, qui tenait enfermé notre honneur immaculé. Bientôt sans voix, on raclait encore, piteusement, notre écuelle sur les briques, bien conscient que les gens libres n’écoutent pas les appels des ostracisés. Retenus, nous désespérions de savoir notre chère, privée de protection, menacée par le félon. Nous fomentions alors l’évasion salvatrice. Nous étant procuré une allumette, une seule, dans un moment de recueillement solennel, au plein coeur de la nuit, nous la griffions au sol irrégulier et sale. La flamme qui surgit rallumait notre espoir. Avec précaution, nous la confiions à la paillasse. Sa mauvaise toile, huilée de crasse, et son foin desséché s’embrasaient instantanément. Les flammes assaillait les murs qui restaient imperturbables, mais le plafond de bois, à son tour succombait. Nous patientions, rivés au sol, notre chemise humide sur la bouche…Quand le métal des fenêtres fut rouge, nous nous relevions d’un bond et le faisions voler d’un coup de pied absolu. Enfin, d’un bond hors du commun, nous nous arrachions à ce torride enfer. Nous blessant dans notre chute, nous claudiquions alors, aussi vite que possible, loin de la bâtisse rougie, tandis que dans notre dos, dans une agitation propice à notre disparition, résonnaient les échos des secours qui s’organisaient.

Photo Ange7, Séoul 2009.



* ° * // Et juste pour la découverte, un article au hasard au milieu du bazar ! \\ * ° *

Donjons et dragon

Je vis au logis perché
qui donne vue alentours
Et je connais les secrets
Des jardinets et des cours

Depuis mon nid de coucou
je remarque l’arpenteur
et je vois les rendez-vous
qui sont donnés après l’heure

Je suis témoin des parades
Des femmes qui ont du bien
Et j’assiste aux algarades
Qui divisent mes voisins

Le vent porte à mes sommets
Et j’entends distinctement
L’irascible maugréer
Soliloquer le dément

Mais toute mon attention
Pourtant n’a qu’un seul objet
Les volets de ta maison
Que tu n’entr’ouvres jamais.

Illustration Ange7.

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-*- Kabbalistique ? Tentez donc un article au hasard du journal de 5h12 -*-
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La sobriété

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sobre.jpg
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Je pousse comme on me pose.
Pas grand chose me suffit.
Je suis.
Je bois à peine.
Je hume à petite goulées.
J’aime des brins de soleil.
S’il pleut, tant pis.
J’en ai eu un peu la veille.
Je pousse par millimètre.
Et je ne peux rien promettre.
J’ai du cœur mais tout est lent.
J’aime la flûte du vent.
Je l’entends quelquefois.
Et souvent, j’attends.
Je me contente de peu.
Ma raison me tient compagnie.
Voilà ce que je désire: pousser libre.
Voilà tout ce qu’il me faut : vivre dans ta maison.

Photo Ange7, Icheon 2007.

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : Citizen Jane
Jeanne, ma fille, ma toute petite enfant, Je dicte cette lettre à monsieur le Curé de Bermont car tu le sais, je ne peux pas écrire…
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Le chat perche où ?

patapon.jpg

C’est la chanson de Patapon,
Qui ne vient pas quand on l’appelle,
Mais apparaît quand l’écuelle
Déborde de gras de jambon.

Patapon vit par les ruelles,
Chaque demeure est sa maison,
Sans même octroyer un ronron,
Partout il lève la gabelle.

Flonflon sans rime ni raison,
Sempiternelle ritournelle,
Qui trottine dans la cervelle,
C’est la chanson de Patapon.

Photo ∑mª, Séoul 2007.

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : [ Nox, nocis ]
Il fait petit jeudi dehors et le temps est à la peine. On traîne avec lenteur les chaînes de la nuit mauvaise…

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