Une halte

Frame

Notes pour plus tard :
À l’étape, le corps, d’abord, ne voulait pas croire à son répit. Les jambes, se remémorant la longue route de marche, ne cessaient de trembler et les épaules, bien que libérées de l’accablant sac de voyage, avaient des élans de sang comme si un croc de boucher voulait les soulever de terre. Les estomacs qui braillaient depuis des heures se contentaient pourtant de la portion minime du jour et un peu d’alcool fort venait tirer sur les consciences un rideau salutaire qui masquait à la fois notre fatigue extrême et l’indigence de notre situation. Puis le miracle de la jeunesse se produisait, comme chaque nuit : le sommeil nous abreuvait de rêves et d’espoir et emplissait si bien nos veines de sève saine et de vigueur que nous étions, tôt matin, prêts à partir, le coeur ragaillardi.

Photo Ange7, Quinson 2009 .


=°= Et pour prolonger la visite : un lai au hasard =°=

Repartir

Le hara d'Alfaroubeira

Avec ses trois chevaux de cuir
Don Pedro reprenant la route
Malgré son grand âge et la goutte
Chercha pour s’y évanouir
Un abri qui sut le séduire

Le sublime original, d’Apollinaire, étant bien sûr :

Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d’Alfaroubeira
Courut le monde et l’admira
Il fit ce que je voudrais faire
Si j’avais quatre dromadaires

Photo Ange7, Séoul 2009 .


-*- Écoutez donc le qu’en-dira-t-on d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

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Cocktail analeptique

Dans un mixer d’enfer,
À rotation rapide,
Versez quelques cuillères
De miel bien liquide.

Une poignée de noix
Qui n’ont plus de coquille,
Des pruneaux, deux ou trois,
D’aneth, une brindille.

Raisin, pêche, melon…
Ajoutez de beaux fruits !
Ou pour changer de ton :
Rose, ananas, lychee.

Deux oeufs également,
Crus et frais si possible,
Mais les blancs seulement :
Le jaune est trop lipide.

Si vous avez des doutes,
Pour un peu relever,
Ajoutez quelques gouttes
D’eau de fleur d’oranger.

Si le mélange épais
A une teinte étrange,
Pour mieux le délayer
Versez du jus d’orange.

À boire au matin tôt,
Avant la route longue,
Qui mène, sac au dos,
À l’autre bout du monde.

 

Illustration DR.

 

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Lasagna al forno


La large bande de lasagne semble, dans mon assiette généreuse, un tronçon de route, une coupe géologique, un lingot d’or qui s’effrite. Entre deux bornes de salade, elle est pavé de 68, et mou sofa des fumeurs de rêves. Bloc de béton de l’urbaniste et cabane déserte, au coeur de la forêt. Elle peut dans un même élan, se tenir et s’affaisser. Se ternir et s’affirmer. Soutenir et s’effacer.

Photo DR.

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Goutte à goutte

Version 1:
La goutte, au robinet, longuement rassemble ses forces. Elle se forme et se contient. Elle prend ce galbe lourd qui toise la gravité, accumule la force même qui va la précipiter.
Et puis, vient la chute vertigineuse, la descente grisante, le grand plongeon tout schuss. Malgré l’épaisseur de l’air, qu’elle traverse, verticale, la goutte ne se disperse pas, tout juste elle s’effile un peu sous l’effet de la vitesse acquise.
Il en va autrement, à l’arrivée, du grand choc de la réalité. La claque de l’évier lui est fatale. Les molécules attachées, qui s’étaient regroupées pour le voyage, s’éparpillent. L’eau reste de l’eau mais l’association est dissoute. Chacun a repris sa route.

Version 2:
C’est dans l’intérieur du genou, que la gêne s’installe et gangrène le mouvement. Le vieux courtisan, costume passé de mode, perruque poudrée sans éclat, avance avec peine vers son roi. Il manque de grâce en ce siècle de fanfreluches. Pire, sa goutte lui interdit une obséquieuse révérence. Point de courbettes, point de largesses et le monarque le renvoie d’un geste hautain de la main.

Version 3:
Ce n’est pas par malice que mes lèvres, ô délices, te courent sur tout le corps. C’est que la bougie soufflée me laisse désorienté. Dans cette belle nuit divine, noire comme l’encre de Chine, j’ai beau chercher ta bouche, je m’égare, car on n’y voit goutte. Mais je persévère. Je trace ma route de petits baisers. Si je tente encore, sûr qu’avant l’aurore, je la trouverai.

Image DR, retouches Ange7.

 

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Mon charabia moucharabieh

moucharabieh.jpg

Plus me faut te chercher, plume, faute cherchée
est à demi-trouvée, et à deux m’y trouver, on pourrait.
*
J’ai rayon pour ta plage et crayons pour créer
des rais longs de couleurs sur ta page de pleurs.
*
Roue tourne en mauvais sens et mauvais sang tout rompt
à la route mouvante où tout renoue en ronds.
* * *
Exsangue, je languis, que la lande te rende
au ruban de mes bras.

Photo Sethi, retouches Ange7.
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