La purée de pois

La tour Eiff...

Notes pour plus tard :

Par méchante journée d’hiver, comme il pleuvait à fin crachin et que le vent giflait les peaux, aucun touriste ne rêvait de grimper dans la tour Eiffel. Les champs de Mars étaient déserts et hors des véhicules clos, il n’y avait passant qui passe. Avec ma chance habituelle, c’est le jour que j’avais choisi pour te montrer Paris du ciel. Tremblant dessous mon parapluie, je contemplais mon espoir fondre quand soudain je t’ai aperçue, bravant les gouttes et les frimas qui t’approchais à petits pas. Avec ce temps de dépression, le vendeur a semblé inquiet que je lui prenne des billets mais quand il t’a vue si jolie, il a dû lire à mon sourire que nous ne souhaitions pas sauter. La machine s’est ébranlée, ses rouages nous ont extrait du sol pour gagner les nuages. Comme le soir rongeait la ville, les rues devenues électriques étaient semées avec rigueur de petits cailloux lumineux que la pluie rendait scintillants. Mais passé le deuxième étage, la cité s’est évanouie et l’horizon a disparu. Au sommet nous sommes sortis de l’ascenseur sur la terrasse. Jamais je ne m’étais trouvé dans une brume aussi épaisse ! Il n’y avait plus rien que ça : nous deux dans un grand coton gris. Pour ne pas risquer de se perdre, nos mains, tout naturellement, se sont rejointes et étreintes ; comme on n’y voyait à un mètre, que les rafales nous fouettaient, nos corps aussi se sont trouvés. Nous sommes ainsi restés longtemps : enlassés, en proie au vertige, mais cramponnés en nos regards. Et malgré le temps accablant, le panorama unichrome, j’ai gravé de cette visite un souvenir éblouissant.

Photo Ange7, Paris 2009.


=°= Et pour prolonger la visite : un qasida au hasard =°=

Le bon motif

ursin

Notes pour plus tard :
Sur le perron s’étalait une mosaïque naïve de galets fantaisie figurant un oursin. Voilà qui lui convenait à merveille ! Elle était toute ainsi : un coeur rouge et vif, hérissé de saillies redoutables, une coque fragile et pourtant parée pour le combat, un danger, en un mot. Aussi, ne l’approchait-on qu’avec mesure et lenteur. Sans cette lettre aux accents déchirants -et me conviant sur l’heure, je me fus contenté, à mon habitude, d’un hommage épistolaire, pour rappeler, avec quelques douceurs de langage, mon bon souvenir à la belle. Mais voici qu’elle avait besoin de moi, avouait se trouver en situation périlleuse et mandait mon expertise. Ce serait une joie de voler à son secours et l’occasion, fort commode, de me trouver au plus près d’elle.
Je sonnai : j’allais enfin savoir de quoi il retournait…

Photo Ange7, Le Rayol 2009.


* ° * // Et juste pour le zèle, un article au hasard au milieu du bazar ! \ * ° *

Pensée


Prière de ne pas l’ouvrir :
J’ai dans la boîte un souvenir.

J’aurai trop peur qu’il ne s’échappe
Et que le temps ne le surfrappe.
Qu’à l’air de nos jours d’aujourd’hui,
Il en devienne transparent,
Car la proximité réduit
Souvent l’éclat de nos diamants,
Quand l’opacité, le silence
Savent protéger leur brillance.

J’ai dans la boîte un souvenir :
Prière de ne pas l’ouvrir .

Photo Ange7, Ramatuelle 2008.

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-*- Quiet ? Tentez donc un article au hasard du journal de 5h12 -*-
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Eclat, deux voies

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atelier_brancusi.jpg

version 1 :
C’est son port, d’abord, qui étonne l’œil. Il attire à lui le regard comme la ferraille l’aimant. Son poitrail, par l’avant, est si élancé, éclatant, qu’on le dirait prince de sang. Quand il passe plus près, son profil de camé, électrise. La surprise vient de ses cicatrices, de ses traits imparfaits. Pourtant le mâle récit des ans que présage son visage laisse envoûté et séduit. Et toutes les têtes se tournent pour regarder s’éloigner son dos et ses épaules larges.
Et le souvenir qu’il abandonne est lumineux et palpitant : bien qu’il ne porte que des hardes, chacun l’a vu vêtu de blanc.

version 2 :


A chaque coup minuscule, chaque agression du marteau, la pierre perd une virgule de son embonpoint, un éclat de rien. Et tandis que du bloc massif émerge l’œuvre extraordinaire, le sol se jonche des victimes sacrifiées. Pas facile d’être philosophe, quand on est jeté au rebut. Comprendre que son éviction était l’action nécessaire pour transformer un tout vulgaire en une pièce raffinée, révélation débarrassée du superflu. Admettre enfin que l’univers, dont on fut sciemment arraché et par cette violence même, par fruit de cette cruauté, gagne en raison, gagne en beauté, accède à la postérité.

Photo « L’atelier de Brancusi » DR, retouches Ange7.