Perpendiculaire

KU3E

On s’imagine a priori que la mise à niveau sera douloureuse, qu’elle appelle une masse de travail propre à décourager, des efforts inhumains, des sacrifices coûteux et un temps infini qui ne pourra être consacré à aucune autre activité. On se trompe. Pour tout remettre d’aplomb, d’un simple et unique mouvement, il suffit de coincer la bulle.

Illustration Ange7.

* ° * // Et juste pour la joie, un article au hasard au milieu du bazar ! \\ * ° *

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Looking for Kenny

City Tower Construction Site

Kenny

J’avais ici, tout au début, quand j’étais tout frais débarqué, un ami prénommé Kenny, que j’ai depuis perdu de vue.
Kenny était salary man, employé parmi des milliers, d’un des conglomérats géants qui se partagent la nation. Ayant vécu à l’étranger, étudiant aux États-Unis, il parlait un anglais parfait et il avait surtout pour lui le recul que peut procurer d’être sorti de son pays. Kenny, lorsque je l’ai connu, occupait un petit bureau, situé au premier étage du bâtiment Daewoo Tower, face à la Gare de Séoul.
Intelligent et travailleur, il a bientôt creusé son trou, ou plutôt gravi son échelle. Car, quand il a été promu, il a changé de position… vers le haut ! Passant à l’étage au dessus, dans un bureau mieux agencé, toujours partagé cependant, avec des dizaines de gens. Au cours des mois, récompensé pour ses qualités indéniables, Kenny a gravi les degrés d’une irrésistible ascension. Et chaque fois la promotion lui ouvrait un nouvel espace situé plus haut dans la tour.
Cinquième étage puis neuvième… Bientôt installé au quinzième, Kenny profitait à présent d’un espace indépendant. Acharné et très efficace, il a continué ainsi à satisfaire ses patrons. Malheureusement, son travail ne lui permettait plus jamais de nous retrouver au sauna, ou de partager un repas.
J’ai appris quelques temps après, par un e-mail automatique, que Kenny prenait du galon. La signature du message mentionnait le « 22F » donc le vingt et unième étage !Je n’ai pas répondu au mail et plusieurs mois se sont passés.
Un jour, pourtant, j’ai décidé de recontacter mon ami. J’avais de lui toute une pile de belles cartes de visite qui témoignaient à leur façon de sa carrière exceptionnelle. Aucun numéro indiqué ne le trouva au bout du fil, et l’e-mail, d’abord essayé, se révéla déconnecté.
Bien décidé à le revoir, je me rendis, un beau matin, au pied de la Daewoo Tower où je n’étais jamais entré. Là, je tâchai de l’obtenir des bureaux de la réception. Tout le monde fut très gentil et consacra beaucoup de temps à chercher monsieur Kenny Kim. Son nom de famille est commun et Kenny étant son surnom, il était en fait malaisé de le repérer tout d’abord. Mais la recherche pointilleuse, et bien sûr informatisée, ne négligea aucune piste.
Enfin tomba la vérité.Kenny avait démissionné, depuis déjà plusieurs années, alors qu’il travaillait encore, anonyme et sous estimé dans cet immense poulailler laborieux du premier étage. Puis il s’était, par frustration, inventé tout un personnage, attribué des promotions, imprimé de nouvelles cartes…
Il avait bien joué le jeu, jusqu’à espacer ses visites. Et comme un grand illusionniste, il finit par s’escamoter.

Photo Ange7, Séoul 2009 .


-*- Écoutez donc le krack d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

Le savant

Up There

Quand il se prend de toux, le savant s’interroge :
Le temps qui, jusqu’ici, fut un net allié
Change-t-il sa casaque et faut-il s’en méfier ?
Lors c’est d’un oeil inquiet qu’il épie son horloge.

Car sa table est jonchée de fractions d’idées,
De bribes de génie dispersées, orphelines,
Et c’est pour ses progrès, sa voie, sa discipline,
Qu’il lève vers le ciel son front large et ridé.

Mystère des mystères, implore-t-il sans mots,
Ô sujet absolu, dérobé à l’étude,
Si d’orienter nos vies tu as la latitude
Laisse-moi, je t’en prie, achever mes travaux.

Puis estimant qu’il a assez gâché de temps
Avec une hypothèse aussi invraisemblable
Il contemple tout ce qui l’attend à sa table
Et se met au travail, ambitieux et content.

Photo Ange7, Vama Veche, Roumanie 2008 .

-*- Goûtez le wizz d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

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Repartir du bon pied

 

Tous les matins, quelle affre, impossible de me souvenir quel est le bon pied. Celui qui étale les cacas canins ou celui qui démarre le paso doble ? Quelle plante d’abord poser pour ne pas subordonner toute ma journée à une terrible malédiction ? Comment éviter les nuages épais de la poisse qui sont toujours tout prêts à éclater sur nos têtes en orages de petits ennuis et gros tracas ? Alors ? Le gauche ou le droit ?
C’est à vous enlever l’envie d’aller travailler…

Photo Ange7, Philippines 2008.

Proverbe :
A tout prendre, autant reprendre, précis, un lundi premier du mois. Un truc pareil, mieux qu’un réveil, ça te recale un homme, recta.

 

— Belliqueux ? Tentez donc un article au hasard du journal de 5h12 —

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Canevas pas du tout

©Ange7

 


Notes pour plus tard :

Je n’ai pas fait pire depuis longtemps
, voilà ce qu’il pensait tandis que ses yeux couraient comme des perdus sur la toile peinte, ses chemins de couleur, ses excès de fureur, l’œuvre, la pauvre œuvre, qu’il venait d’achever. Pourquoi le regard de l’après était-il si tranchant et comment pouvait-il négliger, occulter, le travail, la vision, du pendant ? Ses mains étaient retombées, lourdes et inutiles et tout son bras, le long de son corps, était comme du bois mort. Au vrai, c’est son cœur qui s’éteignait sous cette pluie froide. Son visage prenait, déjà, une teinte de marbre, seuls les yeux brillaient de fièvre et semblaient lancer des éclairs fous vers la toile comme pour la transpercer, la déchirer, la faire disparaitre. Le feu, les cendres ? C’était une idée.

Pour aller avec : Claude Nougaro, Maudit.

 

Photo (et tableau) Ange7.

La tentative

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tentative2.jpg

Courir après un océan,
Quelle énergie on déploya,
Quelle folie que celle-là.
Nous avons lutté tant et tant.

Personne ne ressort vainqueur
De cette impétueuse étreinte,
Beaucoup y ont versé des plaintes,
Certains y ont laissé leur cœur.

Ici, du ciel, d’un bond superbe,
Quand le travail fait le jour long,
Le soleil, pour nous, d’un plongeon
Disparaît dans les rouges gerbes.

La nuit repose nos épaules.

Photo Ange 7, Madredejios, Philippines, 2008.

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