Un autre rendez-vous

a full moon

On s’y trouve à la nuit, en un piquant secret, le corps couvert de bure, tête encapuchonnée. Une mince trouée de la dense forêt abrite le conseil sous la lune complète. Le silence intégral s’impose tout d’abord. Si le vent est levé on écoute son brame, et comme il fait trembler les feuillages alentours. Ou quand la pluie s’invite à l’obscure soirée, c’est son chant sybillin qui tient lieu de débat. Pour le reste du temps, après des reflexions qui vont creuser en soi jusqu’empoigner le coeur, les échanges se font à filets de murmures. On partage avec foi le récit des malheurs qui nous sont advenus, les revers amoureux, à nouveaux essuyés. On convient qu’être humain est état pathétique, reconnaissant en nous les stigmates profonds de la médiocrité. On se soumet passifs au joug des éléments et accepte aisément cet esclavage exquis que les sentiments bruts exercent sur nos âmes. Enfin, avant le jour, l’assemblée se sépare mais non sans s’accorder des adieux solennels : qui sait qui survivra tout un cycle lunaire et pourra assister au prochain rendez-vous de notre inconsolée ghilde des romantiques ?

Photo Ange7, Ramatuelle 2009.

* ° * // Et juste pour la halte, un article au hasard au milieu du bazar ! \\ * ° *

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Onirique qui mal y pense

borderline

J’ai rêvé de vous ; le vers est plaisant.
Mais peut-on vraiment avouer le fait
Quand le songe était plutôt déroutant ?

Quand ses nobles héros, sans doute enfiévrés,
Portaient un chapeau pour tout vêtement,
Et se promenaient à dos d’alezan ?

Quand chacun tenait, très sérieusement,
Un discours confus sur la fin des temps ?
J’ai rêvé de vous, mais c’est mon secret.

Illustration Ange7.


-*- Goûtez donc le zeste d’un article au hasard du journal de 5h12 -*-

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Issue d’au secours

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Je ne suis pas insatisfait
De la mission qui m’est confiée,
Mais disons en sincérité,
Que si le choix m’était laissé
C’est pas là que je signerai.

Y’a du boulot, bon, je le fais.
Je récure, s’il faut récurer.
Je ne fais pas le dégoûté,
Mais c’est dur de se passionner
Pour l’émail que je fais briller.

Car moi, j’ai un petit secret,
Un penchant que nul ne connaît,
J’occupe toutes mes soirées
À façonner un Colisée
En briques de papier mâché.

Architecte ! Ça, j’aurais aimé.
Dessiner des ponts et chaussées,
Des monuments démesurés,
ou des jardins bien agencés.
Créer pour la postérité.

Aussi je frotte et je balaie,
Les yeux rêveurs, tout occupé,
À mes arches et à mes allées.
Ne me réveillant tout à fait
Que quand s’achève ma journée.

 

Photo Ange7, Séoul 2008.

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-*- Besoin de jubilation ? Tentez donc un article au hasard du journal de 5h12 -*-
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Veillez à bien suivre toutes les instructions

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instruction.jpg


Version 1 :

INSTRUCTIONS : Repérez, dans le fouillis que représente le paquet après une livraison longue distance, la petite pièce métallique en forme de vis. C’est une vis. A l’aide d’un couteau pointu, utilisez-la pour tenter de fixer ensemble deux morceaux de plastique, au hasard. Répétez l’opération autant de fois que possible en tâchant d’agglutiner ensemble tous les éléments. Une fois un genre de coque assemblé, penchez vous sur la partie électronique de l’appareil. La plaque de transistors étant quasi soudée, il ne vous reste qu’à la passer sept minutes au micro-onde, après l’avoir subrepticement enduite d’huile d’olive. Tailladez ensuite une fente dans la coque plastique et forcez les circuits imprimés à l’intérieur à l’aide du talon de votre chaussure. Branchez.

Version 2 :
Monsieur Henri avait de l’instruction. On disait qu’il était allé aux écoles. Il n’en parlait jamais, c’était comme un secret honteux, mais plusieurs personnes affirmaient qu’il avait chez lui des livres. Les plus anciens seulement, qui se comptaient chaque été un peu moins, connaissaient l’histoire du petit Henri d’alors.
Une auto, la première que le village ait jamais vue, était passée un matin, à cahot, sur la route pavée. Elle s’était arrêtée près de l’église et en étaient descendus des messieurs à la mode de la ville et une dame chapeautée, paraît-il, il fallait voir comment. Ils déjeunèrent à l’auberge, sans faire d’histoire et disparurent deux heures plus tard dans un fracas de tonnerre. S’était-il caché dans l’auto ? L’avait-on pris de force ? Le vieil oncle d’Henri l’avait-il vendu ? Toujours est-il que le garçonnet s’était volatilisé en même temps que les citadins.
Il revint des années plus tard, à la mort de son aïeul. Il était mis comme un monsieur, chapeau, gants. Mais avant la cérémonie d’enterrement, il alla se changer dans la maison dont il héritait et où il devait finir sa vie. Il passa un pantalon et une chemise de l’oncle et on ne le vit plus jamais habillé autrement.

Montage Ange7.

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Par ailleurs, l’année dernière, à la même heure : Camarades, c’est la grève.
C’est la grève. Nous sommes, les amis et moi-même, mais surtout eux, eux d’abord, enfin nous, le groupe,
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