Aimer trop

Contre ce coin de carton jaune,
l’aventurier pouvait franchir
les portes de verre et de chrome,
suivre les neutres corridors,
descendre aux grands escalators
et parvenir enfin au quai.

Sans que l’on sût vraiment pourquoi,
l’attraction était populaire
et drainait quotidiennement
plusieurs millions de visiteurs
à toute heure de la journée
et dans le matin de la nuit.

De la plateforme centrale,
deux choix s’offraient, deux directions,
chacune semée de stations
d’où l’on pouvait inversement
rejaillir vers l’air pollué
qui sévissait à la surface.

Les rames longues et confortables
arrivaient régulièrement
pourtant toutes se remplissaient
comme la dernière du monde
et l’on voyait plus que souvent
des wagons bouffis d’usagers.

Tandis que le train repartait
une alchimie propre au métro
agglutinait ces corps distincts
en une seule et même masse
qui valsait en coeur aux virages
et respirait d’un même sein.

Lorsque les portes se rouvraient
Ce flan humain se déversait
naturellement au dehors
dans un déchirement fibreux
chacun d’un pas rapide et sûr
vaquant vers son destin banal.

Photo Ange7, Séoul 2009.

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Pied à, terre à, terre

Pierre sur pierre
Ton émoussé
Le rempart à l’air de monter
À l’envers

Il a mis dans la terre
Sa tête aux tifs ébouriffés
Et il laisse ses pieds flotter
En l’air

Il pousse comme on désespère
Jusqu’où compte-t-il aller ?
Plus bas gît – l’a-t-il oublié ? –
L’enfer.

Illustration Ange7 2010.


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Hiver né

On n’aperçoit plus le chemin
Qui sous la neige est endormi
Il s’est dès l’automne assoupi
Et n’a pas vu venir l’hiver

Quand les flocons l’ont recouvert
De leur laine de glace épaisse
Dans ses rêves déjà roulé
Il n’a pas senti leurs frissons

Il s’est laissé enterrer vif
Dans son sommeil juste et serein
Et il ignore sans malice
Les pas lents de ceux qui le foulent

Photo Ange7, Allos 2009.


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Taquinerie

Si on gloussait en ramassant
des doux chardons le coeur charmant
c’est qu’on savait à quelle fête
on réservait cette cueillette.

On se voyait déjà glissant
une pincée de notre prise
entre l’écharpe et la chemise
d’une délicieuse enfant.

Notre victime préférée
À la peau claire aux rousses nattes
la mine fine et délicate
qu’il était bon de l’agacer.

Photo Ange7, Allos 2009.


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L’attiseuse de belles aventures

Au feu !, les pompiers, la raison qui brû-le
Au feu !, les pompiers, la raison brûlééée…


Comme son regard s’enflammait
et qu’en elle le feu couvait
on sentait quand elle s’approchait
l’atmosphère se réchauffer
de quelques milliers de degrés.

Elle embrasait par ses baisers
sa bouche volcan consumait
les amants qu’elle chérissait
et lorsqu’elle s’en dégoûtait
on les retrouvait incendiés.

Plus d’un revint l’âme brûlée
le coeur noirci et torréfié
cheveux fumants et peau flambée
et pourtant si elle le voulait
Prêt à retourner rougeoyer

Photo Ange7, Nice 2009 .


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Pelican Inn

À l’auberge Pélican,
trois boient-sans-soif endurcis
commandent pour leur gosier
un pichet de vin grossier.
*
L’un, brun, est un peu rougeaud,
le second est haut de taille,
le dernier a le nez fort,
tous ont trognes de larrons.
*
Pour payer, pot après pot,
les tournées qu’ils se promettent,
chacun pose devant lui
une pile de piécettes.
*
Car c’est leur nuit de tarots,
les regards sont comme absents
les bouches mince fermées
semble tenir un secret.
*
Chaque pli est un défi
les cartes, prises, écartées,
s’abattent sans hésiter
frappant la table en écho.
*
Qui les cherche peut trouver
ces joueurs fort abreuvés
au jour de leur réunion
à l’auberge Pélican.

Photo Ange7, Nice 2009.


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Folles herbes

Les folles herbes de l'été

Les folles herbes de l’été

qui avaient jailli au printemps,

dessèchent sur pied maintenant

et s’inclinent au vent frisquet.

*

Si j’en glisse une entre mes dents

que je la mâche en mon chemin

elle exalte le goût lointain

d’un amour qui n’est de ce temps.

*

L’automne comme un malandrin

a eu raison de sa douceur

et il a perdu sa couleur

sous les averses du chagrin.

*

La nature ainsi que le coeur

est un trésor vite altéré

il faut aimer et profiter

quand la saison est au bonheur.

.

Photo Ange7, Le rayol (83) 2009 .


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